Selon l'analyse d'EY portant sur 46 premiers rapports CSRD publiés en 2025, 78 % des entreprises européennes ont publié un plan de transition climatique. Mais seules 22 % d'entre elles expliquent concrètement comment leurs leviers d'action permettront d'atteindre leurs objectifs de décarbonation. Ce chiffre dit l'essentiel : avoir produit un rapport ne suffit pas.
Il faut désormais transformer la mesure en décision, et la décision en trajectoire pérenne. Une stratégie climat d'entreprise, c'est exactement cela : une vision claire de l'objectif, des jalons précis pour y parvenir, et un pilotage rigoureux qui résiste aux contraintes du quotidien business.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le rapport de durabilité n'est pas l'aboutissement de la démarche, mais son point de départ. Une fois les données posées, les vrais enjeux commencent : choisir ses objectifs, construire un scénario cohérent avec la science climatique, opérationnaliser les leviers de réduction, embarquer les équipes métier, tenir face aux arbitrages budgétaires…
Cet article est une carte du parcours. Il répond à la question que se posent les responsables RSE et les directions engagées : par où commencer, quelles étapes suivre, et comment s'assurer que la démarche tient dans la durée. Il pose le cadre stratégique et oriente vers les ressources et méthodes adaptées à chaque étape.
- Produire un rapport de durabilité CSRD est une étape. La construire en levier de pilotage stratégique, c'est le travail qui commence ensuite.
- Une stratégie climat se déroule en six étapes séquentielles et interdépendantes : mesure de l'empreinte, objectifs alignés sur la science, trajectoire de décarbonation, plan d'action, gouvernance et valorisation interne et externe.
- Le paquet Omnibus a recalibré les seuils de la CSRD en 2026, sans effacer les exigences carbone des clients, banques et investisseurs sur l'ensemble des entreprises.
- La fiabilité de la donnée carbone conditionne la qualité de tout le reste : objectifs, arbitrages d'investissement, préparation des audits.
- Trois conditions transversales font tenir une trajectoire dans la durée : un sponsor au COMEX avec mandat réel, une donnée centralisée et pilotable, une démarche construite avec l'écosystème fournisseurs et pairs, en particulier sur le scope 3.
Beaucoup d'entreprises ont vécu la CSRD comme une contrainte à absorber. Une obligation supplémentaire à confier à l'équipe RSE, avec une deadline et un budget serré. Ce n'est pas l'esprit du dispositif.
Les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) qui structurent le reporting reposent sur une logique de double matérialité : l'entreprise doit rendre compte à la fois des impacts qu'elle génère sur le climat, et des risques et opportunités que le changement climatique fait peser sur son modèle d'affaires. Cette logique exige d'intégrer la donnée climat dans les décisions stratégiques, au même niveau que les données financières.
Une stratégie climat qui s'arrête au rapport produit des données, mais aucune valeur pour le climat et l’entreprise. Elle peut satisfaire une obligation formelle tout en laissant l'entreprise exposée aux risques réels de la transition. Le pilotage commence là où le rapport s'arrête.
La pression réglementaire est la plus visible. L'ESRS E1, norme dédiée au changement climatique, reste structurante même après les ajustements du paquet Omnibus : trajectoire de décarbonation, analyse des risques physiques et de transition, objectifs de réduction en cohérence avec les Accords de Paris. Ces exigences ne disparaissent pas avec la simplification, elles se concentrent sur l'essentiel.
La pression marché est souvent plus immédiate dans les organisations. Les appels d'offres B2B intègrent des exigences carbone de plus en plus explicites. Les évaluations EcoVadis, les questionnaires CDP et les demandes des donneurs d'ordre réclament des éléments concrets : objectifs chiffrés, plans d'action documentés, résultats mesurables et vérifiables. Il est aujourd’hui impossible d’y répondre sans pilotage structuré.
La pression financière, enfin, change de nature. Les critères climat entrent dans l'évaluation du risque de crédit de certains établissements bancaires, dans les conditions d'accès aux obligations vertes et dans les grilles d'analyse des investisseurs institutionnels. Les entreprises capables de documenter clairement leur trajectoire bénéficient de conditions de financement plus favorables, quelle que soit leur taille.
Le pilotage climatique est donc une attente partagée et convergente de l'ensemble des parties prenantes.
Le paquet Omnibus, adopté dans le cadre de l'agenda de simplification réglementaire de la Commission européenne, a recalibré les seuils et périmètres d'application de la CSRD. Moins d'entreprises directement soumises à l'obligation de reporting, certains délais allongés, des exigences rééquilibrées sur certaines dimensions de la chaîne de valeur.
Dans les faits, ce recalibrage ne touche pas aux fondamentaux. Pour les entreprises qui restent dans le périmètre, les exigences sur la stratégie et la trajectoire climat demeurent substantielles. Pour celles qui en sortent, la pression des marchés financiers et des clients maintient l'enjeu sans attendre une obligation légale.
Le contexte 2026 oblige à mieux prioriser, et non à relâcher ses efforts.
Toute stratégie climat sérieuse commence par une mesure rigoureuse des émissions de gaz à effet de serre (GES). Sans cartographie fiable des flux, il est impossible d'identifier les postes prioritaires, de fixer des objectifs réalistes ou de mesurer les progrès dans le temps.
Plusieurs référentiels coexistent, avec des logiques et des périmètres différents.
Ces référentiels ne sont pas interchangeables. Le choix entre eux conditionne le périmètre couvert, la comparabilité des résultats dans le temps et la compatibilité avec les exigences réglementaires futures. Choisir le bon référentiel est donc stratégique à part entière, qui oriente toute la suite de la démarche.
Une fois l'empreinte mesurée, l'entreprise doit décider où elle veut aller. Fixer des objectifs sans référence externe expose à deux risques symétriques :
La référence mondiale pour des objectifs alignés sur la science est l'initiative SBTi (Science Based Targets initiative), qui fournit un cadre méthodologique pour définir des trajectoires compatibles avec les Accords de Paris et un processus de validation indépendante. Une entreprise qui soumet ses objectifs au SBTi s'engage dans une trajectoire publique, auditable et comparable à ses pairs du secteur.
En janvier 2026, l'initiative SBTi franchissait le cap de 10 000 entreprises ayant validé leurs objectifs de réduction dans plus de 90 pays, représentant plus de 40 % de la capitalisation boursière mondiale.
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Valider ses objectifs science-based avec la méthode SBTi est une étape structurante pour toute organisation qui veut sortir du déclaratif.
Les objectifs définissent la destination. La trajectoire de décarbonation détaille le chemin, année par année. C'est l'étape la plus souvent négligée, parce qu'elle oblige à sortir du discours pour entrer dans le concret et le chiffré.
Une trajectoire robuste intègre
Elle distingue les scopes 1, 2 et 3, chacun avec ses propres dynamiques temporelles et ses propres leviers d'action. Elle constitue aussi le socle des analyses de risques climatiques exigées par l'ESRS E1.
Sans trajectoire formalisée, les objectifs restent des intentions sans ancrage. Construire un scénario de décarbonation, c’est ce qui transforme la vision en feuille de route opérationnelle.
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C'est ici que se joue l'essentiel, et c'est souvent le maillon manquant. Les entreprises disposent d'un bilan carbone et d'objectifs ambitieux. Peu ont un plan d'action concret, priorisé, chiffré et attribué à des responsables identifiés. Pourtant, sans plan d'action, aucune trajectoire ne peut être déployée.
Un plan d'action climatique efficace identifie les leviers de réduction selon leur potentiel d'abattement et leur faisabilité opérationnelle, les chiffre en tonnes de CO₂ évitées et en coût d'investissement, les planifie dans le temps et les associe à des porteurs internes. Il ne se limite pas aux ajustements incrémentaux mais intègre, quand c'est nécessaire, les transformations de modèle d'affaires que la trajectoire impose.
Pour structurer et évaluer ce plan, la méthode ACT (Accelerate Climate Transition) développée par l'ADEME constitue un cadre de référence reconnu au niveau international. Elle propose une évaluation sectorielle de la stratégie bas carbone, couvrant à la fois la trajectoire et la robustesse des actions engagées. Utiliser la méthode ACT de l'ADEME permet d'ancrer le plan dans un référentiel auditable.
L'évaluation ACT conduite par l'ADEME fin 2024 sur les grandes entreprises françaises des secteurs de l'immobilier, des transports et de l'industrie établissait un score moyen de 8,9 sur 20, avec des écarts importants entre organisations (de 6,3 à 11).
Sur le terrain, prioriser, chiffrer et piloter ses leviers de réduction reste le travail qui donne une valeur concrète à l'ensemble de la démarche.
Une stratégie climat ne tient pas sans gouvernance. Il ne s’agit pas d’insérer des réunions supplémentaires dans l’agenda, mais de définir clairement qui arbitre les compromis et qui est redevable des résultats dans le temps.
Les points de défaillance classiques sont bien identifiés par les praticiens :
La gouvernance climatique fonctionne quand elle est transverse, adossée à un sponsor au COMEX et intégrée aux cycles de décision réels de l'organisation.
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Animer un COPIL RSE qui embarque vraiment les directions métier est une condition d'exécution. Articuler stratégie RSE et stratégie climat est une condition de cohérence sur le long terme. Ces deux défis sont liés, mais ils appellent des réponses différentes.
La stratégie la mieux construite peut se fragiliser au premier arbitrage budgétaire si elle n'a pas été défendue avec les bons arguments face aux décideurs financiers.
Face à un comité de direction ou un directeur financier, les arguments climatiques seuls ne suffisent généralement pas. Il faut les traduire en termes de risques business, de compétitivité et de création de valeur :
Défendre le ROI de sa stratégie climat est une discipline à part entière, distincte du pilotage technique de la trajectoire.
En externe, les labels et certifications (B Corp, EcoVadis, notation CDP) permettent de matérialiser l'engagement, d'objectiver les progrès et de répondre aux exigences croissantes des clients, partenaires et investisseurs.
Sans soutien du COMEX ou de la direction générale, une stratégie climat reste un projet de service. Elle sera parmi les premières sacrifiées quand les priorités se resserreront. L'impulsion doit venir d'en haut, avec un mandat clair, des ressources assumées et un suivi régulier dans les instances de gouvernance.
Ce n'est pas une question de conviction personnelle du dirigeant mais de structure organisationnelle. La stratégie climat doit figurer dans les revues stratégiques, dans les processus d'allocation des investissements et dans les indicateurs de performance des directions. Une stratégie climat sans sponsor exécutif ne résiste pas à la première contrainte budgétaire sérieuse.
Le pilotage climatique repose d’abord sur la qualité des données. Une entreprise qui évalue mal ses émissions de scope 3, consolide ses données de façon approximative entre plusieurs sites ou utilise des facteurs d’émission obsolètes fragilise l’ensemble de sa démarche. Ces erreurs faussent les objectifs, orientent les investissements dans la mauvaise direction et dégradent la qualité du reporting.
Au-delà d'une certaine taille et d'une certaine complexité organisationnelle, centraliser la collecte et la consolidation dans un outil dédié n'est plus un avantage, c'est une condition de base. Un outil qui permet de piloter à rythme annuel, de tracer les hypothèses et les facteurs d'émission utilisés, et de préparer les audits CSRD offre aux équipes opérationnelles une vision suffisamment fiable pour engager des décisions d'investissement.
Selon le GHG Protocol, le scope 3 représente entre 70 % et 90 % des émissions totales d'une entreprise selon les secteurs, ce qui en fait structurellement le levier le plus décisif, et le plus difficile à actionner seul.
Par définition, elles ne se réduisent pas seules : elles supposent d'embarquer les fournisseurs en amont, de travailler avec les clients sur l'usage des produits en aval, de partager des méthodes et des pratiques avec les pairs du secteur.
L'isolement est le premier frein à une stratégie climat qui progresse dans la durée. Les organisations qui avancent le plus vite sont celles qui ont rejoint des démarches collectives sectorielles et qui contribuent à faire évoluer les référentiels de leur filière. Une stratégie climat performante est une stratégie partagée, pas une stratégie solitaire.
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Après comparaison de plus de vingt-cinq méthodologies de référence, une conviction s'impose : il n'existe pas de méthode unique pour piloter une stratégie climat de bout en bout. Chaque référentiel est robuste sur une phase précise. La compétence opérationnelle consiste à les assembler, à sélectionner le bon dispositif au bon moment et à l'adapter aux enjeux spécifiques de l'organisation.
Le tableau suivant synthétise les référentiels les mieux établis selon les phases de la démarche :
Aucune de ces étapes ne se suffit à elle-même. La mesure sans trajectoire reste de la communication. La trajectoire sans plan d'action reste une intention. Le plan sans gouvernance ne s'exécute pas dans la durée.
L'articulation entre ces référentiels n'est pas une complexité supplémentaire : elle correspond à la réalité d'une stratégie climat sérieuse, qui avance par phases et ajuste ses outils au fil de la maturité de l'organisation. Avant de choisir une méthode, la question décisive reste : pourquoi l'entreprise s'engage-t-elle dans une stratégie climat ? Conformité réglementaire, demande d'un client ou d'un investisseur, résilience du modèle d'affaires, innovation de l'offre ? C'est cette réponse qui oriente le bon prochain chantier, bien avant le choix du référentiel.
Construire une stratégie climat d'entreprise, c'est enchaîner six étapes interdépendantes :
Aucune de ces étapes ne se suffit à elle-même. La mesure sans trajectoire reste de la communication. La trajectoire sans plan d'action reste une intention. Le plan sans gouvernance ne s'exécute pas dans le temps. Et l'ensemble tient, ou ne tient pas, selon trois conditions transversales : un sponsor exécutif engagé, une donnée fiable et centralisée, une démarche ancrée dans l'écosystème.
Ce qui différencie une démarche stratégique d'un exercice de reporting, c'est le pilotage. C'est précisément là que se joue la valeur pour l'entreprise, pour ses parties prenantes et pour le climat.
Une stratégie climat d’entreprise est une démarche structurée qui permet de mesurer ses émissions de gaz à effet de serre, de fixer des objectifs de réduction et de construire une trajectoire de décarbonation crédible. Elle transforme le reporting carbone en plan d’action opérationnel, piloté dans le temps et intégré aux décisions business.
Une stratégie climat efficace commence par la mesure de l’empreinte carbone, puis se poursuit avec la définition d’objectifs alignés sur la science, la construction d’une trajectoire de décarbonation et le déploiement d’un plan d’action. Elle doit aussi s’appuyer sur une gouvernance claire, une donnée fiable et une valorisation interne et externe de la démarche.
Même lorsqu’une entreprise n’est pas soumise à la CSRD, ses clients, financeurs et investisseurs peuvent exiger des données carbone fiables, des objectifs chiffrés et des plans d’action documentés. Une stratégie climat permet donc de répondre à ces attentes, de réduire les risques de transition et de renforcer la compétitivité de l’entreprise.

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