Livre blanc sur la simplification des ESRS & paquet Omnibus
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Reporting extra-financier : obligations, référentiels et calendrier 2026

Le reporting extra-financier est entré dans une nouvelle ère. Après l’adoption de la Corporate Sustainability Reporting Directive, ou CSRD, qui a renforcé les obligations européennes de publication d’informations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), le paquet Omnibus I, finalisé en février 2026, a redessiné la carte des entreprises concernées.

En 2026, la question n’est donc plus seulement : « devons-nous publier un rapport de durabilité ? ». Elle devient : « quel cadre de reporting devons-nous suivre, et pour quels usages ? ».Car l’obligation réglementaire n’est qu’une partie du sujet. Même lorsqu’une entreprise sort du périmètre du rapport de durabilité, ses financeurs, investisseurs ou donneurs d’ordre peuvent continuer à demander des données ESG fiables.

Cet article propose une lecture en trois temps : comprendre les référentiels, identifier les entreprises concernées en 2026, puis mesurer ce que le reporting extra-financier change pour le pilotage RSE.

À retenir

Le reporting extra-financier ne se limite pas à la CSRD : il englobe aussi un cadre volontaire (basé sur VSME) de l’UE, le BEGES (Bilan des émissions de gaz à effet de serre), et d’autres référentiels volontaires.Après Omnibus I, la CSRD vise principalement les entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net.

Les entreprises hors obligation restent exposées aux demandes ESG des clients, banques et donneurs d’ordre soumis.

En 2026, le bon enjeu est de choisir le(s) référentiel(s) adapté(s), pas de produire un rapport par réflexe.

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Reporting extra-financier en 2026, le paysage des référentiels

La définition à retenir et la confusion à éviter

Le reporting extra-financier désigne la publication périodique et structurée d’informations non financières sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) que doit relever une organisation. Il couvre par exemple les émissions de gaz à effet de serre, les risques climatiques, les conditions de travail, la culture d’entreprise, ou encore l’anticorruption. Ce document sert à « communiquer sur les implications sociales, environnementales, sociétales des activités d’une organisation ainsi que sur son mode de gouvernance », selon le ministère de la transition écologique.

La confusion la plus fréquente consiste à assimiler reporting extra-financier et rapport de durabilité né avec l’entrée en vigueur de la directive CSRD de l’Union européenne. Or, si la CSRD est un cadre réglementaire majeur, elle ne représente pas à elle seule toute la catégorie. À côté d’elle coexistent par exemple, le Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs, ou cadre VSME, le Bilan d’émissions de gaz à effet de serre, ou BEGES, qui a une portée réduite, ainsi que plusieurs autres référentiels volontaires développés à l’international.

Trois familles d’informations structurent ce paysage : les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, les risques et opportunités de durabilité (ou IRO) pour son modèle d’affaires, ainsi que les informations de gouvernance et de stratégie. L’idée à retenir est simple : reporting extra-financier ne signifie pas uniquement CSRD. Confondre les deux fait passer à côté d’une partie des obligations, mais aussi des opportunités de structuration.

Citation Ministère Rapport extra-financier


CSRD, ESRS, DPEF, où en est le cadre réglementaire

La Non-Financial Reporting Directive, ou NFRD, a introduit la La Déclaration de Performance Extra,Reporting Directive (dite NFRD).) en France. La CSRD, adoptée en décembre 2022, a renforcé ce cadre en imposant à un plus grand nombre d’entreprises de réaliser un rapport de durabilité réellement standardisé, comparable, avec de nombreuses informations à inclure et soumis à certification par un tiers indépendant.

En France, elle a été transposée par l’ordonnance du 6 décembre 2023, qui organise la publication et la certification des informations de durabilité.La CSRD répond à une question de périmètre : quelles entreprises doivent reporter et selon quels grands principes ? Les European Sustainability Reporting Standards, ou ESRS, répondent à une question de contenu : quelles informations faut-il concrètement publier ?

Les ESRS comprennent 12 standards : 2 transverses, 5 environnementaux, E1 à E5, 4 sociaux, S1 à S4, et 1 de gouvernance, G1. Pour entrer dans le détail, voir comment chaque ESRS s’applique selon votre activité.

Le principe central reste la double matérialité : analyser à la fois les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, et les risques ou opportunités de durabilité qui peuvent affecter son modèle d’affaires.

Pour approfondir, consultez la méthodologie d’analyse de double matérialité.

Depuis Omnibus, le cadre évolue fortement. Le détail des entreprises désormais concernées, du nouveau périmètre des informations à mentionner et du principe dit de Value Chain Cap est présenté dans notre article dédié : le détail des changements introduits par le paquet Omnibus.

VSME, BEGES et référentiels volontaires, ce qui complète le paysage

Avec l’adoption du paquet Omnibus I, le standard volontaire applicable des PME aux grandes entreprises hors périmètre CSRD obligatoire, va devenir clé (appelé VSME 2.0). Développé par l’EFRAG (Groupe consultatif européen sur l'information financière), et adopté par la Commission européenne le 3 juillet, il propose un cadre volontaire et proportionné pour répondre aux demandes ESG de clients, banques, investisseurs ou grandes entreprises donneuses d’ordre. Son objectif est de standardiser des demandes souvent dispersées, sans imposer la charge d’un rapport CSRD complet. Pour aller plus loin, consultez comment construire un reporting volontaire VSME.

Le BEGES reste une obligation française autonome prévue à l’article L 229-25 du code de l’environnement. Il concerne notamment les entreprises de plus de 500 salariés en métropole et doit être renouvelé tous les quatre ans pour les entreprises concernées. Il se concentre sur le bilan des émissions de GES et la présentation d’un plan de transition.

Les très grandes entreprises soumises au rapport de durabilité peuvent intégrer leur BEGES directement au sein de celui-ci.D’autres cadres complètent le paysage : les normes sur l’information de durabilité développées par l’ISSB (International Sustainability Standards Board), de même que celles mises en place par la Global Reporting Initiative (GRI), le Greenhouse Gas Protocol afin de présenter les émissions carbone, le standard EcoVadis pour les évaluations fournisseurs, le cadre CDP (Carbon disclosure project) pour les informations environnementales ou encore le référentiel ISO 26000 sur la responsabilité sociétale des entreprises.

Un reporting extra-financier mature combine donc plusieurs référentiels selon les sujets de durabilité abordés et les parties prenantes adressées : régulateur, client, financeur, investisseur ou partenaires de chaîne de valeur.

Êtes-vous concerné en 2026 ? Le diagnostic et le calendrier

Les seuils CSRD post-Omnibus, en clair

Le paquet Omnibus I a resserré le champ du rapport de durabilité dit CSRD. Pour les entreprises de l’Union européenne, le périmètre est désormais centré sur les grandes entreprises et les sociétés mères de plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d’affaires net dépasse 450 M€ à compter du rapport à publier en 2028 (sur les données 2027).

Pour les entreprises de pays tiers, les exigences actualisées visent notamment les sociétés mères réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net dans l’Union européenne, avec des conditions complémentaires relatives à leurs filiales ou succursales présentes au sein de l’UE (réaliser plus de 200 M€ de CA net). Les données concernant ces entreprises de pays tiers seront toujours à produire en 2029.

La conséquence est importante : le périmètre européen passerait d’environ 45 000 entreprises initialement ciblées à environ 6 000 entreprises directement soumises. Mais sortir du périmètre CSRD ne signifie pas sortir du reporting extra-financier. Les demandes clients, les notations ESG, les appels d’offres et les politiques achats responsables maintiennent l’enjeu pour beaucoup d’organisations.

Le principe dit du Value Chain Cap (plafond de la chaîne de valeur) s’inscrit dans cette logique : limiter les informations que les grandes entreprises soumises au rapport de durabilité peuvent exiger des plus petites qui peuvent elles-mêmes produire un rapport à titre volontaire.
Le paquet Omnibus I a resserré le champ du rapport de durabilité dit CSRD. Pour les entreprises de l’Union européenne, le périmètre est désormais centré sur les grandes entreprises et les sociétés mères de plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d’affaires net dépasse 450 M€ à compter du rapport à publier en 2028 (sur les données 2027).

Pour les entreprises de pays tiers, les exigences actualisées visent notamment les sociétés mères réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net dans l’Union européenne, avec des conditions complémentaires relatives à leurs filiales ou succursales présentes au sein de l’UE (réaliser plus de 200 M€ de CA net). Les données concernant ces entreprises de pays tiers seront toujours à produire en 2029.

La conséquence est importante : le périmètre européen passerait d’environ 45 000 entreprises initialement ciblées à environ 6 000 entreprises directement soumises. Mais sortir du périmètre CSRD ne signifie pas sortir du reporting extra-financier. Les demandes clients, les notations ESG, les appels d’offres et les politiques achats responsables maintiennent l’enjeu pour beaucoup d’organisations.

Le principe dit du Value Chain Cap (plafond de la chaîne de valeur) s’inscrit dans cette logique : limiter les informations que les grandes entreprises soumises au rapport de durabilité peuvent exiger des plus petites qui peuvent elles-mêmes produire un rapport à titre volontaire.

Le tableau de lecture par profil d’entreprise



Ce tableau est un outil d’orientation, pas une consultation juridique exhaustive. La cotation, la structure de groupe, sa forme juridique ou l’implantation internationale peuvent modifier l’analyse.

Pour un CFO ou une direction générale, la lecture reste claire : l’obligation CSRD peut avoir reculée, mais le besoin de données ESG fiables n’a pas disparu. Pour une direction RSE, l’enjeu est de transformer cette clarification réglementaire en trajectoire lisible : CSRD complète, reporting volontaire basé sur le standard VSME révisé (dit VSME 2.0) ou autres démarches volontaires permettant d’associer plusieurs référentiels.


rapport extra-financier : tableau par profil

Le calendrier 2026 à 2028 en un coup d’œil

Conformément à la directive CSRD, les sociétés de la vague 1, c’est-à-dire les grandes entreprises cotées de plus de 500 salariés et réalisant au moins 50 millions d’euros de CA (net) et/ou 25 M€ de bilan (total), ont publié leurs premiers rapports CSRD en 2025 sur l’exercice 2024. Des ajustements temporaires des ESRS, applicables aux reportings réalisés à partir du 1er janvier 2026 sur les données 2025, prolongent certaines dérogations pour ces entreprises. Elles restent soumises à l’obligation de présenter un rapport CSRD en 2027, sauf si elles emploient moins de 1 000 salariés et ne réalisent pas 450 M€ de CA net, mais à la condition qu’elles en soient exemptées par leur législation nationale.

Une partie de la vague 2, c’est-à-dire les grandes entreprises non cotées qui emploient plus de 1 000 salariés et réalisent plus de 450 M€ de CA (net annuel), entrent dans le nouveau périmètre de la CSRD. Elles devront donc publier leur premier rapport de durabilité en 2028 sur l’exercice 2027 sur la base des standards ESRS simplifiés (dit ESRS Set 2).

Pour les entreprises hors CSRD (anciennes vagues 2 et 3), le cadre VSME 2.0 ne fixe pas de calendrier réglementaire. Un rythme annuel est néanmoins suggeré  pour répondre aux donneurs d’ordre e aux investisseurs, actualiser les indicateurs ESG et alimenter les cycles de pilotage. Le BEGES conserve son propre rythme : tous les quatre ans pour les entreprises concernées.
calendrier csrd, vsme et beges


Au-delà de la conformité, pourquoi le reporting extra-financier reste stratégique

Trois moteurs qui maintiennent l’enjeu, même hors obligation

Premier moteur : la pression marché. Les appels d’offres B2B, les questionnaires fournisseurs, les notations EcoVadis ou CDP et les politiques achats responsables exigent déjà des données ESG structurées. Une entreprise peut donc ne plus être soumise à la CSRD et rester fortement attendue sur ses informations de durabilité.

Deuxième moteur : la pression financière. Les banques et investisseurs intègrent les critères ESG dans l’analyse du risque, l’accès au financement vert et l’évaluation de la résilience. La taxonomie verte européenne renforce cette logique en créant un langage commun autour des activités économiques durables.

Troisième moteur : la stratégie interne. Un reporting extra-financier structuré aide à suivre les émissions, les consommations d’énergie, les risques climatiques, la sécurité au travail, l’attractivité employeur ou la gouvernance. La conformité n’est plus le moteur : la valeur stratégique l’est devenue. Le rapport est un outil de pilotage de la performance d’une entreprise.

Du rapport au pilotage, le nouvel horizon

Beaucoup d’organisations ont vécu la CSRD comme une obligation documentaire : collecter l’ensemble des données mentionnées au sein des ESRS, rédiger, certifier, publier. Ce n’est pas l’esprit du dispositif.
L’enjeu réel est surtout d’intégrer certaines données extra-financières matérielles au même niveau que les données financières dans la prise de décision.Cette logique ouvre vers un autre territoire : stratégie RSE, stratégie climat, plan de transition, trajectoires carbone, qualité de la donnée et outillage logiciel. C’est la suite logique : passer d’un rapport annuel à un système de pilotage ESG performant.

Conclusion

Omnibus a réduit le périmètre obligatoire de la CSRD, mais il n’a pas fait disparaître le reporting extra-financier. En 2026, seules certaines très grandes entreprises restent directement concernées par le rapport de durabilité CSRD et les standards ESRS, mais beaucoup de grandes structures, d’ETI et de PME doivent encore produire des données ESG pour leurs clients, financeurs ou donneurs d’ordre.

Le choix du référentiel devient donc stratégique : CSRD et ESRS pour les entreprises soumises, standard volontaire basé sur le cadre VSME pour les organisations sorties du périmètre obligatoire, BEGES pour les entreprises concernées par l’obligation légale, sans oublier d’autres démarches volontaires adaptées. La qualité de la donnée est le vrai différenciant : c’est elle qui transforme un rapport en outil de pilotage.

Comprendre les IRO et leur place dans la CSRD

Ce que recouvrent les impacts, les risques et les opportunités

Les impacts, risques et opportunités désignent trois réalités distinctes.

Les impacts correspondent aux effets de l’entreprise sur l’environnement et la société. Ils peuvent être positifs ou négatifs, réels ou potentiels. Ils relèvent de la matérialité d’impact.

Les risques correspondent aux effets négatifs que des enjeux environnementaux, sociaux ou de gouvernance (ESG) peuvent avoir sur la performance, la stratégie, la situation financière ou la résilience de l’entreprise. Ils relèvent de la matérialité financière.

Les opportunités relèvent elles aussi de la matérialité financière. Elles désignent les effets positifs que des enjeux de durabilité peuvent produire : réduction de coûts, accès au financement, nouveaux marchés, innovation ou différenciation commerciale.

Exemple : une entreprise industrielle en zone côtière peut être exposée à un risque de submersion marine qui menace ses actifs, tout en générant un impact carbone lié à ses émissions de gaz à effet de serre. Le premier relève de la matérialité financière ; le second de la matérialité d’impact.

La distinction est structurante : les impacts décrivent les effets de l’entreprise vers l’extérieur ; les risques et opportunités décrivent les effets des enjeux de durabilité vers l’entreprise.

Le cadre normatif IRO-1 et IRO-2 des ESRS

La méthodologie sur l’analyse des IRO est encadrée par les ESRS, en particulier par l’ESRS 1 et l’ESRS 2.

L’ESRS 1 fixe les principes généraux et donne la méthodologie ainsi que les définitions de la double matérialité, de la matérialité d’impact, de la matérialité financière, de la chaîne de valeur et de l’horizon temporel à respecter. L’ESRS 2 précise les informations générales à publier, dont les exigences de publication relatives à l’analyse des impacts, risques et opportunités.

Ainsi, au sein de l’ESRS 2, l’IRO-1 porte sur la description du processus d’identification et d’évaluation des IRO. L’entreprise doit expliquer comment :

  • elle a identifié ses impacts, risques et opportunités,
  • elle les a évalués,
  • elle a déterminé leur matérialité.

L’IRO-2 porte sur les exigences de publication couvertes au sein du rapport de durabilité. L’entreprise doit donc dresser une liste des exigences de publication des ESRS couvertes dans son rapport, en cohérence avec les sujets et IRO jugés matériels.

ESRS 2 IRO à publier

Le texte de référence est le Règlement délégué (UE) 2023/2772, qui contient l’ensemble des normes ESRS adoptées par la Commission européenne (les ESRS Set 2 ne sont pas encore consolidés dans cet acte délégué mais le seront dans les prochains mois). L’European Financial Reporting Advisory Group (EFRAG), ou groupe consultatif européen sur l’information financière, propose aussi un guide de mise en œuvre sur l’analyse de matérialité et les IRO.

Le livrable attendu est le tableau récapitulatif des IRO matériels, qui relie les sujets ESG matériels aux impacts, risques et opportunités identifiés, puis aux exigences de publication des normes ESRS concernées.

Pour approfondir le détail des standards ESRS qui encadrent les IRO, consultez notre article détaillant les standards ESRS qui encadrent les IRO.

Le lien entre IRO et double matérialité

L’analyse des IRO est la matière concrète du principe de double matérialité. La double matérialité constitue le cadre théorique. Les IRO sont les éléments concrets que l’entreprise identifie, décrit et cote pour confirmer ou écarter la matérialité d’un sujet ESG.

Sur les sujets ESG potentiellement matériels, l’entreprise identifie les impacts, risques et opportunités associés. Elle les cote ensuite selon des critères distincts, afin de déterminer si le sujet franchit le seuil de matérialité retenu.

Le Portail RSE de l’État français rappelle que la double matérialité analyse à la fois les impacts de l’entreprise sur son environnement et les effets des enjeux de durabilité sur l’entreprise.

Pour la méthodologie complète de l’analyse de double matérialité, consultez notre article dédié.

Identifier ses IRO sur l’activité de l’entreprise et l’ensemble de la chaîne de valeur

Cartographier les sujets ESG à examiner

L’identification des IRO ne part pas d’une page blanche. Les ESRS fournissent une trame des sujets de durabilité organisée autour des dix standards thématiques : cinq environnementaux, quatre sociaux et un standard en matière de gouvernance.

Cette base doit servir de point de départ, mais elle ne suffit pas. L’entreprise doit l’adapter à son secteur, son modèle d’affaires, ses activités, ses implantations géographiques, ses dépendances opérationnelles et ses parties prenantes.

Une entreprise industrielle ne formulera pas les mêmes IRO qu’un éditeur de logiciel, un distributeur ou un groupe agroalimentaire. Même au sein d’un même secteur, deux entreprises peuvent présenter des IRO différents selon leurs sites, leurs fournisseurs, leurs clients ou leurs expositions réglementaires.

La méthode consiste donc à partir des sujets ESG des ESRS, puis à les confronter à la réalité de l’entreprise. Ces sujets doivent être traduits en impacts, risques ou opportunités concrets.

Étendre l’analyse à toute la chaîne de valeur

L’une des exigences les plus structurantes de la directive CSRD et de ses standards ESRS concerne le périmètre d’analyse. Les IRO doivent être identifiés dans les activités propres de l’entreprise, mais aussi sur l’ensemble de la chaîne de valeur : en amont et en aval.

La chaîne de valeur amont comprend notamment les fournisseurs, les matières premières, les sous-traitants, les transports entrants ou les prestations externalisées. La chaîne de valeur aval inclut la distribution, l’usage des produits ou services, les clients, les consommateurs finaux, la fin de vie des produits et les impacts induits par leur utilisation.

IRO sur la chaîne de valeur

De nombreux IRO matériels peuvent se situer hors du périmètre opérationnel direct de l’entreprise : via des impacts sociaux matérialisés au sein de la chaîne d’approvisionnement, des risques de dépendance identifiés auprès de fournisseurs, des impacts environnementaux liés à l’usage des produits, par exemple.

L’analyse peut aussi inclure des parties prenantes éloignées de l’entreprise, comme les communautés affectées qui sont mentionnées au sens de l’ESRS S3, y compris les peuples autochtones.

Attention, une analyse des IRO limitée aux seules activités propres de l’entreprise ou de son groupe est presque toujours incomplète aux yeux de l’auditeur.

Le rôle des parties prenantes dans l’identification

Les ESRS n’imposent pas systématiquement un dialogue formel avec toutes les parties prenantes pour identifier les IRO. En revanche, leur prise en compte est fortement recommandée, car elle améliore l’exhaustivité et la crédibilité de l’analyse.

Les parties prenantes internes ancrent l’exercice dans la réalité opérationnelle. Ce sont notamment :

  • les achats,
  • les ressources humaines,
  • la finance,
  • la direction juridique et conformité,
  • les opérations,
  • la direction commerciale,
  • ou les représentants du personnel.

Les parties prenantes externes apportent un autre angle de lecture. Il s’agit, par exemple :

  • des clients,
  • des fournisseurs,
  • des investisseurs,
  • des organisations non gouvernementales,
  • des collectivités,
  • des communautés locales,
  • ou encore des experts sectoriels.

La consultation peut rester pragmatique. Elle peut s’effectuer via des ateliers internes (groupes de travail par métier ou par filiale), des questionnaires ciblés, des entretiens qualitatifs ou des revues documentaires.

Coter, prioriser et formaliser ses IRO

Coter les impacts, la grille spécifique

La cotation des impacts répond à une logique de matérialité d’impact. Elle évalue la gravité de l’impact de l’entreprise sur l’environnement ou la société, indépendamment de ses conséquences financières pour l’entreprise.

Les ESRS distinguent plusieurs critères à utiliser lors de cette cotation.

L’ampleur mesure l’intensité de l’impact : volume d’émissions de CO2, nombre de personnes affectées, niveau d’atteinte à la santé ou pression exercée sur un écosystème.

L’étendue mesure la portée de l’impact : sites concernés, territoires affectés, populations touchées ou zone naturelle impactée.

Le caractère irrémédiable mesure la possibilité ou non de réparer un impact négatif. Un impact temporaire et réversible ne se cote pas comme un dommage durable ou difficile à restaurer.

La probabilité intervient uniquement pour les impacts potentiels. Un impact déjà avéré ne se cote pas selon sa probabilité d’occurrence.

Ces critères sont utilisés avec les seuils de matérialité définis par l’entreprise.

coter les impacts des IRO

Coter les risques et opportunités, l’autre grille

Les risques et opportunités ne se cotent pas selon la même grille d’analyse que les impacts. Ils relèvent de la matérialité financière, c’est-à-dire de la manière dont les sujets de durabilité peuvent affecter l’entreprise.

Trois critères sont essentiels.

L’ampleur des effets financiers potentiels mesure l’effet possible sur la situation financière, les flux de trésorerie, les revenus, les coûts, les actifs, les passifs, l’accès au financement ou le coût du capital.

L’horizon temporel situe le risque ou l’opportunité à court, moyen ou long terme. Certains enjeux ESG peuvent sembler secondaires à court terme, mais devenir critiques dans la trajectoire stratégique.

La probabilité d’occurrence mesure la vraisemblance du risque ou de l’opportunité potentielle.

Un impact carbone élevé ne devient donc pas automatiquement un risque financier élevé. Il faut établir le lien avec les effets financiers possibles sur l’entreprise.

Les impacts et les risques/opportunités ne se cotent pas avec la même grille. Les confondre fausse toute l’analyse des IRO.

coter les IRO : grille de critères

Formaliser le tableau récapitulatif des IRO matériels

La cotation doit aboutir à un livrable structurant : le tableau des IRO matériels. Il permet d’identifier les sujets ESG réellement matériels, les normes ESRS rattachées et les exigences de publication à traiter.

Un tableau robuste peut, par exemple, faire apparaître les éléments suivants.

Chaque cotation doit pouvoir être justifiée : sources utilisées, méthode appliquée, participants impliqués, hypothèses retenues, seuils choisis et arbitrages effectués.

Dans son guide sur l’analyse de double matérialité, l’EFRAG distingue les étapes d’identification puis d’évaluation des impacts, risques et opportunités matériels.

Une fois vos IRO matériels identifiés, il est possible d’organiser concrètement la collecte des données associées, en reliant les IRO aux exigences de publication des ESRS associées et aux points de données à documenter.

Conclusion

Les IRO déterminent l’ensemble du rapport de durabilité CSRD : ils désignent les normes ESRS concernées et les informations à publier. Bien conduite, leur identification allège la charge de reporting en écartant les sujets et les exigences de publication non matériels.

La méthode repose sur une distinction indispensable : les impacts d’un côté, les risques et opportunités de l’autre. Les premiers se cotent selon la gravité de l’impact (ampleur, étendue, caractère irrémédiable) et leur probabilité lorsqu’il s’agit d’impacts négatifs ; les seconds selon leur ampleur financière, leur probabilité et leur horizon temporel.

Enfin, l’analyse n’a de valeur que si elle couvre l’ensemble de la chaîne de valeur amont aval et si elle reste traçable pour l’audit.

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FAQ

Questions fréquentes sur le reporting extra-financier

Qui est concerné par le reporting extra-financier en 2026 ?

En 2026, le reporting extra-financier concerne directement les entreprises soumises à la CSRD, mais aussi celles qui doivent répondre à d’autres obligations comme le BEGES ou aux demandes ESG de leurs clients et financeurs. Depuis le paquet Omnibus, le périmètre CSRD est recentré sur les entreprises de plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net.

Quelle est la différence entre reporting extra-financier, CSRD et ESRS ?

Le reporting extra-financier désigne l’ensemble des démarches de publication d’informations environnementales, sociales et de gouvernance, tandis que la CSRD est un cadre réglementaire européen spécifique. Les ESRS sont les normes qui précisent le contenu attendu dans le rapport de durabilité des entreprises soumises à la CSRD.

Faut-il faire un reporting extra-financier si l’entreprise n’est plus soumise à la CSRD ?

Oui, car les demandes ESG des donneurs d’ordre, des banques, des investisseurs et des plateformes de notation restent fortes même hors obligation CSRD. Les entreprises non soumises peuvent s’appuyer sur des référentiels plus adaptés, comme le VSME, EcoVadis, le BEGES ou un reporting volontaire structuré.

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Profil Régime principal Démarches complémentaires fréquentes
Grande entreprise ou société mère > 1 000 sal. ET > 450 M€ CA net annuel CSRD obligatoire incluant la taxonomie verte et le BEGES (de fait) EcoVadis, CDP, GRI, ISO 26000, etc.
ETI 250 à 1 000 salariés hors seuils CSRD Cadre VSME 2.0 complet recommandé et BEGES pour les ETI concernées EcoVadis, ISO 26000
PME 50 à 250 salariés Démarche volontaire (VSME 2.0 light ou rapport propre) EcoVadis selon clients
TPE < 50 salariés Démarche volontaire allégée basée sur VSME 2.0 Selon clients et financeurs