Reporting extra-financier en 2026, le paysage des référentiels
La définition à retenir et la confusion à éviter
Le reporting extra-financier désigne la publication périodique et structurée d’informations non financières sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) que doit relever une organisation. Il couvre par exemple les émissions de gaz à effet de serre, les risques climatiques, les conditions de travail, la culture d’entreprise, ou encore l’anticorruption. Ce document sert à « communiquer sur les implications sociales, environnementales, sociétales des activités d’une organisation ainsi que sur son mode de gouvernance », selon le ministère de la transition écologique.
La confusion la plus fréquente consiste à assimiler reporting extra-financier et rapport de durabilité né avec l’entrée en vigueur de la directive CSRD de l’Union européenne. Or, si la CSRD est un cadre réglementaire majeur, elle ne représente pas à elle seule toute la catégorie. À côté d’elle coexistent par exemple, le Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs, ou cadre VSME, le Bilan d’émissions de gaz à effet de serre, ou BEGES, qui a une portée réduite, ainsi que plusieurs autres référentiels volontaires développés à l’international.
Trois familles d’informations structurent ce paysage : les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, les risques et opportunités de durabilité (ou IRO) pour son modèle d’affaires, ainsi que les informations de gouvernance et de stratégie. L’idée à retenir est simple : reporting extra-financier ne signifie pas uniquement CSRD. Confondre les deux fait passer à côté d’une partie des obligations, mais aussi des opportunités de structuration.
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CSRD, ESRS, DPEF, où en est le cadre réglementaire
La Non-Financial Reporting Directive, ou NFRD, a introduit la
La Déclaration de Performance Extra,Reporting Directive (dite NFRD).) en France. La CSRD, adoptée en décembre 2022, a renforcé ce cadre en imposant à un plus grand nombre d’entreprises de réaliser un rapport de durabilité réellement standardisé, comparable, avec de nombreuses informations à inclure et soumis à certification par un tiers indépendant.
En France, elle a été transposée par l’ordonnance du 6 décembre 2023, qui organise la publication et la certification des informations de durabilité.La CSRD répond à une question de périmètre : quelles entreprises doivent reporter et selon quels grands principes ? Les European Sustainability Reporting Standards, ou ESRS, répondent à une question de contenu : quelles informations faut-il concrètement publier ?
Les ESRS comprennent 12 standards : 2 transverses, 5 environnementaux, E1 à E5, 4 sociaux, S1 à S4, et 1 de gouvernance, G1. Pour entrer dans le détail, voir comment chaque ESRS s’applique selon votre activité.
Le principe central reste la double matérialité : analyser à la fois les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, et les risques ou opportunités de durabilité qui peuvent affecter son modèle d’affaires.
Pour approfondir, consultez la
méthodologie d’analyse de double matérialité.
Depuis Omnibus, le cadre évolue fortement. Le détail des entreprises désormais concernées, du nouveau périmètre des informations à mentionner et du principe dit de
Value Chain Cap est présenté dans notre article dédié :
le détail des changements introduits par le paquet Omnibus.
VSME, BEGES et référentiels volontaires, ce qui complète le paysage
Avec l’adoption du paquet Omnibus I, le standard volontaire applicable des PME aux grandes entreprises hors périmètre CSRD obligatoire, va devenir clé (appelé VSME 2.0). Développé par l’EFRAG (Groupe consultatif européen sur l'information financière), et adopté par la Commission européenne le 3 juillet, il propose un cadre volontaire et proportionné pour répondre aux demandes ESG de clients, banques, investisseurs ou grandes entreprises donneuses d’ordre. Son objectif est de standardiser des demandes souvent dispersées, sans imposer la charge d’un rapport CSRD complet.
Pour aller plus loin, consultez comment construire un reporting volontaire VSME.
Le BEGES reste une obligation française autonome prévue à l’article L 229-25 du code de l’environnement. Il concerne notamment les entreprises de plus de 500 salariés en métropole et doit être renouvelé tous les quatre ans pour les entreprises concernées. Il se concentre sur le bilan des émissions de GES et la présentation d’un plan de transition.
Les très grandes entreprises soumises au rapport de durabilité peuvent intégrer leur BEGES directement au sein de celui-ci.D’autres cadres complètent le paysage : les normes sur l’information de durabilité développées par l’ISSB (
International Sustainability Standards Board), de même que celles mises en place par la Global Reporting Initiative (GRI), le Greenhouse Gas Protocol afin de présenter les émissions carbone, le standard EcoVadis pour les évaluations fournisseurs, le cadre CDP (Carbon disclosure project) pour les informations environnementales ou encore le référentiel ISO 26000 sur la responsabilité sociétale des entreprises.
Un reporting extra-financier mature combine donc plusieurs référentiels selon les sujets de durabilité abordés et les parties prenantes adressées : régulateur, client, financeur, investisseur ou partenaires de chaîne de valeur.
Êtes-vous concerné en 2026 ? Le diagnostic et le calendrier
Les seuils CSRD post-Omnibus, en clair
Le paquet Omnibus I a resserré le champ du rapport de durabilité dit CSRD. Pour les entreprises de l’Union européenne, le périmètre est désormais centré sur les grandes entreprises et les sociétés mères de plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d’affaires net dépasse 450 M€ à compter du rapport à publier en 2028 (sur les données 2027).
Pour les entreprises de pays tiers, les exigences actualisées visent notamment les sociétés mères réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net dans l’Union européenne, avec des conditions complémentaires relatives à leurs filiales ou succursales présentes au sein de l’UE (réaliser plus de 200 M€ de CA net). Les données concernant ces entreprises de pays tiers seront toujours à produire en 2029.
La conséquence est importante : le périmètre européen passerait d’environ 45 000 entreprises initialement ciblées à environ 6 000 entreprises directement soumises. Mais sortir du périmètre CSRD ne signifie pas sortir du reporting extra-financier. Les demandes clients, les notations ESG, les appels d’offres et les politiques achats responsables maintiennent l’enjeu pour beaucoup d’organisations.
Le principe dit du Value Chain Cap (plafond de la chaîne de valeur) s’inscrit dans cette logique : limiter les informations que les grandes entreprises soumises au rapport de durabilité peuvent exiger des plus petites qui peuvent elles-mêmes produire un rapport à titre volontaire.
Le paquet Omnibus I a resserré le champ du rapport de durabilité dit CSRD. Pour les entreprises de l’Union européenne, le périmètre est désormais centré sur les grandes entreprises et les sociétés mères de plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d’affaires net dépasse 450 M€ à compter du rapport à publier en 2028 (sur les données 2027).
Pour les entreprises de pays tiers, les exigences actualisées visent notamment les sociétés mères réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net dans l’Union européenne, avec des conditions complémentaires relatives à leurs filiales ou succursales présentes au sein de l’UE (réaliser plus de 200 M€ de CA net). Les données concernant ces entreprises de pays tiers seront toujours à produire en 2029.
La conséquence est importante : le périmètre européen passerait d’environ 45 000 entreprises initialement ciblées à environ 6 000 entreprises directement soumises. Mais sortir du périmètre CSRD ne signifie pas sortir du reporting extra-financier. Les demandes clients, les notations ESG, les appels d’offres et les politiques achats responsables maintiennent l’enjeu pour beaucoup d’organisations.
Le principe dit du Value Chain Cap (plafond de la chaîne de valeur) s’inscrit dans cette logique : limiter les informations que les grandes entreprises soumises au rapport de durabilité peuvent exiger des plus petites qui peuvent elles-mêmes produire un rapport à titre volontaire.
Le tableau de lecture par profil d’entreprise
| Profil |
Régime principal |
Démarches complémentaires fréquentes |
| Grande entreprise ou société mère > 1 000 sal. ET > 450 M€ CA net annuel |
CSRD obligatoire incluant la taxonomie verte et le BEGES (de fait) |
EcoVadis, CDP, GRI, ISO 26000, etc. |
| ETI 250 à 1 000 salariés hors seuils CSRD |
Cadre VSME 2.0 complet recommandé et BEGES pour les ETI concernées |
EcoVadis, ISO 26000 |
| PME 50 à 250 salariés |
Démarche volontaire (VSME 2.0 light ou rapport propre) |
EcoVadis selon clients |
| TPE < 50 salariés |
Démarche volontaire allégée basée sur VSME 2.0 |
Selon clients et financeurs |
Ce tableau est un outil d’orientation, pas une consultation juridique exhaustive. La cotation, la structure de groupe, sa forme juridique ou l’implantation internationale peuvent modifier l’analyse.
Pour un CFO ou une direction générale, la lecture reste claire : l’obligation CSRD peut avoir reculée, mais le besoin de données ESG fiables n’a pas disparu. Pour une direction RSE, l’enjeu est de transformer cette clarification réglementaire en trajectoire lisible : CSRD complète, reporting volontaire basé sur le standard VSME révisé (dit VSME 2.0) ou autres démarches volontaires permettant d’associer plusieurs référentiels.
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Le calendrier 2026 à 2028 en un coup d’œil
Conformément à la directive CSRD, les sociétés de la vague 1, c’est-à-dire les grandes entreprises cotées de plus de 500 salariés et réalisant au moins 50 millions d’euros de CA (net) et/ou 25 M€ de bilan (total), ont publié leurs premiers rapports CSRD en 2025 sur l’exercice 2024. Des ajustements temporaires des ESRS, applicables aux reportings réalisés à partir du 1er janvier 2026 sur les données 2025, prolongent certaines dérogations pour ces entreprises. Elles restent soumises à l’obligation de présenter un rapport CSRD en 2027, sauf si elles emploient moins de 1 000 salariés et ne réalisent pas 450 M€ de CA net, mais à la condition qu’elles en soient exemptées par leur législation nationale.
Une partie de la vague 2, c’est-à-dire les grandes entreprises non cotées qui emploient plus de 1 000 salariés et réalisent plus de 450 M€ de CA (net annuel), entrent dans le nouveau périmètre de la CSRD. Elles devront donc publier leur premier rapport de durabilité en 2028 sur l’exercice 2027 sur la base des standards ESRS simplifiés (dit ESRS Set 2).
Pour les entreprises hors CSRD (anciennes vagues 2 et 3), le cadre VSME 2.0 ne fixe pas de calendrier réglementaire. Un rythme annuel est néanmoins suggeré pour répondre aux donneurs d’ordre e aux investisseurs, actualiser les indicateurs ESG et alimenter les cycles de pilotage. Le BEGES conserve son propre rythme : tous les quatre ans pour les entreprises concernées.
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Pourquoi le reporting extra-financier est stratégique, au-delà de la simple conformité ?
Trois moteurs qui maintiennent l’enjeu, même hors obligation
Premier moteur : la pression marché. Les appels d’offres B2B, les questionnaires fournisseurs, les notations EcoVadis ou CDP et les politiques achats responsables exigent déjà des données ESG structurées. Une entreprise peut donc ne plus être soumise à la CSRD et rester fortement attendue sur ses informations de durabilité.
Deuxième moteur : la pression financière. Les banques et investisseurs intègrent les critères ESG dans l’analyse du risque, l’accès au financement vert et l’évaluation de la résilience. La taxonomie verte européenne renforce cette logique en créant un langage commun autour des activités économiques durables.
Troisième moteur : la stratégie interne. Un reporting extra-financier structuré aide à suivre les émissions, les consommations d’énergie, les risques climatiques, la sécurité au travail, l’attractivité employeur ou la gouvernance. La conformité n’est plus le moteur : la valeur stratégique l’est devenue. Le rapport est un outil de pilotage de la performance d’une entreprise.
Du rapport au pilotage, le nouvel horizon
Beaucoup d’organisations ont vécu la CSRD comme une obligation documentaire : collecter l’ensemble des données mentionnées au sein des ESRS, rédiger, certifier, publier. Ce n’est pas l’esprit du dispositif.
L’enjeu réel est surtout d’intégrer certaines données extra-financières matérielles au même niveau que les données financières dans la prise de décision.Cette logique ouvre vers un autre territoire : stratégie RSE, stratégie climat, plan de transition, trajectoires carbone, qualité de la donnée et outillage logiciel. C’est la suite logique : passer d’un rapport annuel à un système de pilotage ESG performant.
Conclusion
Omnibus a réduit le périmètre obligatoire de la CSRD, mais il n’a pas fait disparaître le reporting extra-financier. En 2026, seules certaines très grandes entreprises restent directement concernées par le rapport de durabilité CSRD et les standards ESRS, mais beaucoup de grandes structures, d’ETI et de PME doivent encore produire des données ESG pour leurs clients, financeurs ou donneurs d’ordre.
Le choix du référentiel devient donc stratégique : CSRD et ESRS pour les entreprises soumises, standard volontaire basé sur le cadre VSME pour les organisations sorties du périmètre obligatoire, BEGES pour les entreprises concernées par l’obligation légale, sans oublier d’autres démarches volontaires adaptées. La qualité de la donnée est le vrai différenciant : c’est elle qui transforme un rapport en outil de pilotage.