Rapport CSRD : la méthode complète pour le réussir

Rapport CSRD : la méthode complète pour le réussir

Les fondations à poser avant de démarrer le rapport CSRD

Dans la pratique, les difficultés rencontrées en phase de collecte de données pour produire un rapport extra financier trouvent presque toujours leur origine dans un cadrage insuffisant. Trois fondations sont indispensables : le périmètre du rapport CSRD, la gouvernance associée et le choix de l’auditeur.

Vérifier que vous êtes bien concerné après le paquet Omnibus I

Avant de lancer le projet, il faut confirmer que l’entreprise est bien dans le périmètre du rapport de durabilité CSRD après les évolutions réglementaires liées à l’adoption du paquet Omnibus I.

Le cadre actuel cible principalement les entreprises de plus de 1 000 salariés et réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires à compter de leurs rapports sur l’exercice 2027. Mais la réalité est plus nuancée : certaines entreprises restent obligées de publier (les entreprises cotées dites de la vague 1 qui ont plus de 500 salariés et qui dépassent certains seuils), d’autres sortent du périmètre mais poursuivent volontairement, notamment sous pression de leurs clients, investisseurs ou partenaires financiers. D’autres encore ne sont pas directement concernées mais doivent fournir des informations à leurs donneurs d’ordre. Pour vérifier votre situation après le paquet Omnibus I, consultez notre analyse complète.

Enjeux CSRD par profil d'entreprise

Cette diversité de situations impose une clarification formelle. Il ne suffit pas de “penser être concerné” : il faut documenter précisément le périmètre (individuel ou consolidé), les entités incluses, les éventuelles exemptions et le calendrier applicable.

Ce travail permet aussi d’aligner les parties prenantes internes. Une direction financière qui considère que l’entreprise n’est pas concernée ne mobilisera pas les ressources nécessaires. À l’inverse, une direction RSE qui anticipe une obligation future peut vouloir structurer le dispositif dès maintenant.

Clarifier les responsabilités et constituer le COPIL CSRD

Le rapport de durabilité ne relève pas de la seule équipe RSE. Intégré au rapport de gestion, il engage la gouvernance de l’entreprise et doit s’inscrire dans les circuits de validation applicables aux publications de l’entreprise.

Dans la pratique, plusieurs niveaux de responsabilité se superposent : la direction valide les informations préparées en interne, les organes de gouvernance exercent leur rôle de supervision et le rapport fait l’objet d’une vérification externe par le professionnel chargé de la mission d’assurance.

Cette responsabilité institutionnelle doit être distinguée de la gouvernance opérationnelle du projet. Pour produire le rapport, l’entreprise a besoin d’un sponsor au niveau du COMEX, souvent le DG ou le DAF, capable d’arbitrer, de prioriser et de sécuriser les ressources.

Le COPIL CSRD réunit ensuite les fonctions clés : RSE, finance, RH, achats, IT, opérations et, selon l’organisation, juridique ou communication. Dans les groupes, des relais locaux sont également nécessaires pour assurer la remontée des informations et l’application de règles communes.

Les règles du jeu doivent être formalisées dès le départ : responsabilités par chantier, circuits de validation, fréquence des comités, modalités d’escalade et décisions nécessitant un arbitrage du sponsor.

Un bon COPIL ne se contente pas de suivre l’avancement. Il sécurise les décisions qui conditionnent la qualité et la publication du rapport.

Désigner son auditeur externe en amont

Le rapport CSRD doit être certifié par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant (OTI), habilité par le COFRAC (Comité français d’accréditation). Cette exigence change profondément la nature du reporting extra-financier qui se rapproche ainsi d’un rapport financier. Pour plus de détails, consultez notre article : Audit extra-financier : comment aborder sereinement la vérification de son rapport.

Contrairement à un rapport RSE classique, les informations publiées doivent être traçables et justifiées pour être auditables. Cela implique de documenter les méthodes utilisées, les sources, les hypothèses et les validations internes obtenues.

Impliquer le vérificateur dès le cadrage permet d’anticiper ses attentes : niveau de preuve déterminé, documentation attendue, cohérence des périmètres choisies, robustesse des systèmes de contrôles mis en place. Cela évite les corrections tardives, souvent coûteuses en temps et en énergie.

Dans les projets les plus matures, l’auditeur est intégré comme un partenaire du dispositif. Il intervient en amont pour challenger les choix méthodologiques et sécuriser les processus.

Les étapes chronologiques de production du rapport

Un premier rapport CSRD se construit généralement sur 12 à 18 mois, en cinq phases qui se chevauchent. Cette temporalité est souvent sous-estimée, notamment par les entreprises qui découvrent la complexité du dispositif.

L’enjeu n’est pas seulement de respecter les étapes, mais de les articuler efficacement. Chaque phase dépend de la qualité de la précédente.

Phase 1 : cadrage et double matérialité (mois 0 à 4)

Cette phase consiste à identifier les enjeux matériels selon deux axes : matérialité d’impact et financière. Elle constitue le socle du rapport de durabilité CSRD. Un cadrage solide conditionne tout le reste du projet.

Concrètement, elle implique de cartographier les sujets ESRS, de consulter les parties prenantes internes (directions, sites, filiales) et externes (clients, fournisseurs, financeurs), et de prioriser une première liste de sujets en fonction de leur degré d’importance.

C’est aussi une phase de dialogue interne. Elle oblige les directions à confronter leurs visions : risques et opportunités financières, enjeux opérationnels, attentes concrète des parties prenantes.

Les entreprises qui réussissent cette phase prennent le temps de structurer leur démarche : à l’aide de questionnaires, d’ateliers et de validations en COPIL. Celles qui la bâclent se retrouvent avec une liste de sujets trop large ou mal justifiée.

Phase 2 : identification des IRO (mois 3 à 6)

Les sujets matériels sont ensuite traduits en impacts, risques et opportunités (IRO). Les IRO sont la boussole du rapport et structurent l’ensemble du dispositif.

Cette étape permet de passer d’une vision macro à une analyse opérationnelle. Chaque IRO doit être défini précisément, avec un périmètre (au sein de l’entreprise et jusqu’à sa chaîne de valeur), un horizon temporel (court, moyen, long terme) et à l’aide d’une cotation (seuils de matérialité établis selon des critères de gravité et de probabilité).

Dans la pratique, c’est souvent une phase exigeante. Les métiers ont tendance à rester à un niveau général. Le rôle de l’équipe projet est de structurer et formaliser les informations.

Le tableau des IRO devient la colonne vertébrale du rapport de durabilité. Il guide la collecte des données, la rédaction du rapport et l’audit.

Phase 3 : collecte et fiabilisation des données (mois 6 à 12)

C’est la phase la plus lourde et la plus opérationnelle. Les données proviennent de multiples sources : RH, achats, finance, sites, filiales, systèmes IT, fournisseurs. La collecte CSRD est un projet collectif qui pèse près de 50 % du temps total dédié du rapport.

La difficulté ne réside pas seulement dans la collecte, mais dans la fiabilisation. Les données doivent être cohérentes, comparables et documentées.

Il faut structurer la collecte : définir les responsables, formaliser les méthodes, organiser les validations et documenter les preuves. Cela implique souvent de créer un référentiel commun, notamment dans les groupes multi-filiales.

La première collecte est rarement parfaite. Certaines données n’existent pas, d’autres sont incomplètes ou hétérogènes. L’objectif est de structurer progressivement un système robuste.

Phase 4 : rédaction et consolidation (mois 11 à 14)

La rédaction transforme les données en un rapport CSRD cohérent, rédigé conformément aux standards ESRS. Il suit les exigences de l’ESRS 1, détaille les informations générales à rendre publiques selon l’ESRS 2 ainsi que les informations thématiques supplémentaires liées aux autres ESRS matériels.

La rédaction ne consiste pas à assembler des indicateurs, mais à construire un récit structuré. Le rapport lie les enjeux de durabilité de l’entreprise à son modèle économique et à sa stratégie, avec des actions structurées et des résultats attendus. Le rapport doit être lisible, cohérent et aligné avec les autres publications de l’entreprise dont le rapport financier.

Cette phase met souvent en évidence les lacunes des étapes précédentes : données manquantes, incohérences, manque de justification. Elle nécessite donc des ajustements et des arbitrages.

Le rapport doit également respecter les exigences techniques : être intégré au rapport de gestion de l’entreprise au format xHTML.

Phase 5 : revue interne et audit externe (mois 14 à 18)

Une revue interne (ou audit trail) permet de sécuriser le rapport avant l’audit réalisé avec l’OTI ou le CAC. Elle implique différentes fonctions au sein de l’entreprise : la RSE, la finance, le département juridique et les directions contributrices.

L’objectif est de vérifier la cohérence, la traçabilité et la complétude des informations. Cette étape est souvent sous-estimée, alors qu’elle permet de réduire significativement les retours de l’auditeur.

L’auditeur externe vient ensuite valider la conformité et la fiabilité du rapport aux exigences de la directive CSRD. Il poursuit une mission d'assurance limitée. Pour cela, il s’appuie notamment sur les preuves documentées et les processus mis en place. Consultez notre article dédié à l’audit du rapport de durabilité.

Une bonne préparation limite les allers-retours et sécurise la publication du rapport.

Phases rapport CSRD

Embarquer les équipes, la condition oubliée du rapport CSRD

La réussite du projet repose autant sur les équipes que sur la méthode. C’est souvent le facteur le plus déterminant et le plus sous-estimé.

La RSE coordonne, elle ne produit pas

La RSE pilote le projet, mais les données viennent des métiers : finance, RH, achats, opérations.

Dans la réalité, la RSE représente une part limitée de la production des données : autour de 10 % (dans les entreprises de plus de 1000 salariés selon nos estimations internes). Le reste repose sur les directions opérationnelles.

Considérer le rapport CSRD comme un projet sanctuarisé à la RSE est une erreur fréquente. Cela conduit à une surcharge de l’équipe et à une faible implication des métiers.

Collecte données ESG

Donner du sens aux contributeurs

Sans compréhension des enjeux, les équipes perçoivent la CSRD comme une contrainte règlementaire.

A l’aide d’une communication interne réfléchie, il est essentiel d’expliquer le pourquoi de la démarche : enjeux business, attentes des investisseurs, impact sur la stratégie, etc. Un kick-off projet, une communication de la part du sponsor au COMEX ou encore une présentation des enjeux par site donnent du sens et désamorcent les résistances.

Il convient aussi de relier les sujets de durabilité aux réalités des métiers : l’ESRS E1 sur le climat, par exemple, permet de gagner en compétitivité énergétique, l’ESRS S1 sur le personnel de l’entreprise est nécessaire à la marque employeur et l’ESRS G1 sur la conduite des affaires permet de conserver la confiance investisseur.

Un contributeur engagé produit mieux et plus rapidement.

Standardiser et industrialiser la collecte

Des demandes claires, homogènes et planifiées réduisent la charge de travail et les erreurs. Les contributeurs occasionnels (fournisseurs, sites éloignés) s'épuisent vite si chaque demande arrive sous un format différent.

La standardisation est particulièrement importante dans les groupes multi-filiales, où les pratiques peuvent être très hétérogènes.

L’industrialisation passe par des outils (une plateforme dédiée), des processus (modèles homogènes de questionnaires, calendrier annuel de campagne de collecte) et des référentiels communs. Elle permet de gagner en efficacité et en fiabilité.

Pour gagner en efficacité sur la production de votre rapport CSRD, consultez les critères essentiels à demander aux éditeurs de logiciels ESG.

Faire vivre le rapport après sa publication

Communiquer les résultats en interne est essentiel. Cela permet de valoriser le travail collectif, de montrer l’utilité des données collectées et de renforcer l’engagement pour les prochains exercices.

Au-delà de l’obligation réglementaire, le rapport CSRD peut aussi devenir un outil de communication stratégique. Les entreprises peuvent l’utiliser pour structurer leur dialogue avec les investisseurs, démontrer la cohérence de leur stratégie climat et répondre aux exigences des grands donneurs d’ordre.

Cette communication ne passe pas nécessairement par le rapport complet. Certaines organisations publient également des synthèses accessibles, des tableaux d’indicateurs clés et des contenus pédagogiques pour leurs parties prenantes.

En interne comme en externe, l’enjeu est donc de ne pas considérer la publication comme le point final du projet. Les informations produites peuvent continuer à alimenter le dialogue avec les parties prenantes et donner du sens au travail réalisé par les équipes.

Conclusion

Un rapport CSRD se construit sur plusieurs mois, autour de cinq phases structurées. Mais sa réussite dépend d’abord des fondations : périmètre clair, sponsor engagé, gouvernance solide et auditeur impliqué.

La clé reste l’embarquement des équipes. La RSE coordonne, mais les métiers produisent. Donner du sens, structurer la collecte et restituer les résultats permettent d’installer un dispositif qui tient au-delà du premier exercice.

C’est aussi ce qui permet au rapport de dépasser le statut de livrable réglementaire : les informations produites peuvent ensuite nourrir le pilotage, les arbitrages internes et le dialogue avec les parties prenantes.

Au-delà de l’obligation réglementaire, la directive CSRD représente une opportunité : structurer le pilotage extra-financier, renforcer la transparence et aligner la stratégie business avec les enjeux de durabilité.

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Questions fréquentes sur la production d’un rapport CSRD

Combien de temps faut-il pour produire un premier rapport CSRD ?

La préparation d’un premier rapport CSRD s’étend généralement sur 12 à 18 mois. Ce délai couvre le cadrage du projet, l’analyse de double matérialité, l’identification des impacts, risques et opportunités, la collecte des données, la rédaction, la revue interne et l’audit externe. La durée varie selon la taille de l’entreprise, le nombre d’entités concernées, la disponibilité des données et la maturité des processus de reporting.

Qui doit piloter la production du rapport CSRD ?

La direction RSE coordonne généralement le projet, mais elle ne peut pas produire seule le rapport. La démarche nécessite un sponsor au niveau du COMEX, souvent le directeur général ou le directeur financier, ainsi qu’un COPIL réunissant notamment la RSE, la finance, les ressources humaines, les achats, les opérations et la DSI. Dans les groupes, des relais doivent également être désignés au sein des filiales et des sites.

Quelles sont les principales étapes de production d’un rapport CSRD ?

La production d’un rapport CSRD repose sur cinq grandes phases : le cadrage et la double matérialité, l’identification des impacts, risques et opportunités, la collecte et la fiabilisation des données, la rédaction et la consolidation, puis la revue interne et l’audit externe. Ces étapes se chevauchent souvent et doivent être planifiées dans une chronologie cohérente.

Pourquoi faut-il impliquer l’auditeur dès le début du projet ?

L’auditeur peut préciser en amont le niveau de preuve attendu, les méthodes de contrôle à mettre en place et les éléments de documentation à conserver. Son implication précoce aide à sécuriser les périmètres, les hypothèses, les sources de données et les circuits de validation. Cette anticipation réduit les corrections tardives et facilite la mission d’assurance limitée.

Un logiciel est-il nécessaire pour produire un rapport CSRD ?

Un logiciel CSRD n’est pas toujours obligatoire, mais il devient particulièrement utile pour les organisations multi-sites, multi-filiales ou internationales. Une plateforme dédiée permet de centraliser les données, d’attribuer les responsabilités, de suivre les validations, de conserver les preuves et de documenter les méthodes de calcul. Elle facilite également la consolidation et la préparation de l’audit.

Rapport CSRD : la méthode complète pour le réussir