Co-construire sa stratégie RSE en interne : mode d'emploi

Co-construire sa stratégie RSE en interne : mode d'emploi

À retenir

  • Co-construire une stratégie RSE ne signifie pas rechercher le consensus : la responsabilité de l’arbitrage doit rester claire.
  • Les métiers doivent être associés là où ils détiennent une information, une contrainte ou un levier nécessaire à la décision.
  • Une bonne co-construction fait émerger les désaccords suffisamment tôt pour pouvoir les arbitrer.
  • Elle réussit lorsque la participation débouche ensuite sur des responsabilités métier identifiables.

Une stratégie RSE peut être parfaitement cohérente sur le papier et se heurter, quelques mois plus tard, à une série de contraintes que les métiers avaient vues venir : CAPEX déjà arbitrés, contrats fournisseurs incompatibles avec le calendrier, objectifs commerciaux contradictoires, données indisponibles, équipes déjà saturées.

La co-construction sert précisément à faire entrer cette réalité dans la décision avant que la stratégie soit figée. Elle intervient donc pendant la construction de la stratégie RSE, lorsque les enjeux prioritaires doivent devenir des choix d’ambition, de trajectoire et de transformation réellement tenables par l’entreprise.

L’objectif n’est pas de faire décider tout le monde. Il est de prendre de meilleures décisions parce que ceux qui connaissent les contraintes et détiennent les leviers ont été associés au bon moment.

Co-construire ne signifie pas rechercher le consensus

Pour des équipes RSE expérimentées, le principe est connu : une stratégie transverse ne peut pas être construite en chambre. La difficulté commence après. Jusqu’où ouvrir la discussion ? Qui doit réellement participer ? Et comment éviter qu’un processus participatif transforme chaque arbitrage en négociation interminable ?

La réponse tient à une distinction : co-construire améliore la décision, mais ne remplace pas la décision.

Dire clairement ce qui est ouvert à discussion

Avant d’organiser le premier atelier, il faut distinguer trois catégories : ce qui est déjà décidé, ce qui peut encore être challengé et ce qui devra être arbitré par une instance de direction.

Un engagement public déjà pris, une exigence client structurante ou une échéance réglementaire ne se discutent pas de la même manière qu’un niveau d’ambition, un calendrier de déploiement ou la répartition d’un budget.

Cette clarification évite un travers assez courant : consulter largement sur des sujets dont les participants découvrent ensuite qu’ils n’avaient en réalité aucune marge de décision.

Faire remonter les contraintes, pas seulement les idées

La question « quelles actions pourrions-nous mettre en place ? » est rarement suffisante pour construire une stratégie.

Il faut également demander : qu’est-ce qui empêcherait cette ambition d’être tenue ? Quelle décision métier faudrait-il modifier ? Quel investissement faut-il anticiper ? Quelle dépendance fournisseur ou SI existe ? Quel objectif actuel entre en contradiction avec ce choix ?

C’est là que la co-construction devient intéressante. Elle ne sert plus simplement à produire des idées, mais à rendre visibles les tensions que la stratégie devra arbitrer.

Répartition des sujets déjà décidés, à challenger avec les métiers et à arbitrer lors de la co-construction d’une stratégie RSE

‍

Associer ceux qui détiennent réellement les leviers

Le casting d’une co-construction ne devrait pas reproduire mécaniquement l’organigramme. Il doit partir des décisions que l’entreprise cherche à prendre.

Pour un enjeu scope 3 amont, les achats et la supply chain peuvent être plus déterminants que certaines fonctions représentées traditionnellement dans un comité RSE. Sur l’évolution d’une gamme, il faudra probablement réunir produit, R&D, marketing, commerce, opérations et finance. Sur les compétences ou les conditions de travail, les RH ne suffiront pas sans management opérationnel.

La bonne question à se poser est alors : « qui possède une information, une contrainte ou un levier sans lequel cette décision risque d’être mauvaise ? ».

Cette logique est d'ailleurs cohérente avec l’ISO 26 000, qui place l’identification des parties prenantes et le dialogue avec elles parmi les pratiques structurantes de la responsabilité sociétale. Pour la co-construction, l’enjeu est ensuite de traduire ce principe général en choix très opérationnels : qui consulter, sur quelle décision et avec quel niveau de responsabilité ?

Distinguer quatre rôles

Tous les participants n’ont pas à intervenir de la même manière. Certains apportent l’expertise, d’autres connaissent les contraintes d’exécution, certains disposent d’une capacité d’influence et quelques-uns seulement ont le mandat pour arbitrer.

Cette distinction est particulièrement importante pour la fonction RSE, qui orchestre souvent la démarche sans disposer d’une autorité hiérarchique sur les directions concernées. Elle mérite d'être écrite, voire explicitée à toutes les parties prenantes des échanges.

Cette première cartographie ne repose d’ailleurs pas uniquement sur les responsabilités formelles. Elle se construit aussi dans les échanges, en identifiant progressivement les personnes avec lesquelles une relation de confiance permettra de tester les choix et de faire avancer les arbitrages.

« Créer la confiance, c’est avant tout construire des alliances. Cela n’a rien à voir avec une stratégie calculatrice d’un réseau élaboré par opportunisme ou intérêt. C’est avant tout une histoire d’hommes et de femmes, de conversations curieuses et enrichissantes, de temps donné pour tisser des liens de collaboration qui feront la différence dans la durée. » Pia de Buchet, coach, co-auteur de Réussissez votre prise de poste (Vuibert, 2025).

Dans une démarche de co-construction, ces alliances ont une fonction très concrète : faire remonter ce que l’organigramme ne dit pas, challenger les scénarios avant arbitrage et identifier les relais capables de transformer ensuite un choix stratégique en décision métier.

Rôle
Ce qu’on attend de lui
Exemple de contribution
Ce qu’il ne faut pas lui faire porter
Décideur
Arbitrer ambition, ressources et priorités
Valider un CAPEX ou accepter un compromis entre deux objectifs
L’analyse opérationnelle détaillée
Expert
Apporter données, méthode et expertise
Évaluer l’impact ESG ou documenter un scénario
La décision finale
Détenteur du levier
Challenger la faisabilité et traduire le choix dans son métier
Modifier un process achats, industriel, RH ou produit
La stratégie RSE dans son ensemble
Relais d’influence
Faire circuler les choix et détecter les résistances
Mobiliser un réseau métier ou une entité
Un rôle de sponsor qu’il ne possède pas

‍

Cette logique rejoint un enseignement important de notre enquête « Prise de poste RSE 2026 » : le responsable RSE intervient dans une organisation déjà structurée par ses métiers, ses habitudes, ses hiérarchies formelles et informelles et ses propres contraintes. Le travail collectif devient efficace lorsque cette réalité organisationnelle est traitée comme une donnée de la stratégie, pas comme un problème d’adhésion à résoudre après coup.

Organiser la co-construction autour de vrais arbitrages

Multiplier les ateliers ne rend pas une stratégie plus collective. À un certain niveau de maturité, le bon indicateur n’est d’ailleurs plus le nombre de participants, mais la qualité des arbitrages que le processus permet de faire remonter.

Une méthode efficace peut tenir en quatre temps.

1. Cadrer

Définir les décisions à préparer, les contraintes déjà connues, les données nécessaires, les personnes à associer et l’instance qui tranchera.

Le cadrage doit aussi préciser le niveau de contribution attendu. Un entretien de diagnostic, un atelier de scénarisation et un comité d’arbitrage n’ont ni la même fonction ni les mêmes participants.

2. Faire remonter le réel

Les échanges servent ensuite à documenter les pratiques existantes, initiatives déjà engagées, objectifs métiers, contraintes opérationnelles, dépendances, données disponibles et marges de manœuvre.

Il faut notamment repérer les contradictions entre la future ambition RSE et les systèmes de décision déjà en place : objectifs commerciaux, critères achats, politique d’investissement, primes variables, choix produit, contraintes industrielles.

Ce sont souvent ces contradictions, beaucoup plus que le manque de sensibilisation, qui déterminent la capacité d’exécution.

3. Scénariser

Plutôt que de poursuivre indéfiniment la collecte d’idées, la fonction RSE doit transformer les contributions en quelques options comparables.

Une option peut produire un impact rapide mais limité. Une autre nécessiter davantage de CAPEX pour modifier durablement un process. Une troisième dépendre d’une évolution fournisseur ou technologique et demander plusieurs années.

Mettre ces scénarios sur la table permet de discuter simultanément impact ESG, impact business, coût, calendrier, risques et faisabilité.

Sur le climat, cette logique peut aller jusqu’à comparer les leviers selon leur potentiel de réduction, leur coût, leur faisabilité et leur horizon de mise en œuvre. Notre méthode pour construire un plan d’action climat montre comment pousser cet arbitrage jusqu’au chiffrage des investissements et au pilotage des leviers.

C’est aussi ce qui permet à la direction de faire son travail : arbitrer entre de vraies options plutôt que valider une liste d’actions déjà constituée.

‍

4. Arbitrer et restituer

Toutes les contributions ne seront pas retenues. Une co-construction crédible suppose donc de fermer la boucle : ce qui est décidé, ce qui est écarté, ce qui reste à instruire et pourquoi.

Cette restitution est loin d’être cosmétique. Elle évite que les participants interprètent l’absence de leur proposition dans la stratégie comme la preuve que la consultation était factice.

Une fois les choix arrêtés, la feuille de route RSE prend le relais pour préciser actions, responsables métier, moyens, dépendances, résultats attendus, KPI et échéances.

Processus de co-construction d’une stratégie RSE depuis le cadrage jusqu’à l’attribution des responsabilités métier.

Faire de la co-construction le premier test d’exécutabilité de la stratégie

La co-construction doit permettre de savoir, avant l’arbitrage final, si les métiers associés disposent réellement des leviers nécessaires pour porter les transformations envisagées.

Si les achats contribuent à définir une ambition fournisseurs mais expliquent que les critères de consultation, les contrats en cours ou les ressources disponibles rendent sa trajectoire intenable, cette information doit peser dans la décision stratégique. Même logique pour les opérations, les RH, le produit ou la finance.

Vérifier que les métiers disposent réellement des leviers

L’objectif n’est pas encore d’attribuer précisément chaque action. Il est de vérifier que les choix envisagés pourront trouver des relais opérationnels crédibles une fois la stratégie arrêtée.

La fonction RSE n’a pas vocation à posséder tous ces leviers. Son rôle, à ce stade, est notamment de faire remonter les contraintes, de maintenir la cohérence d’ensemble et de permettre que les arbitrages soient rendus en connaissance de cause.

C’est aussi le sens de l’intégration de la durabilité dans l’entreprise défendue par le Pacte mondial des Nations Unies : les objectifs de durabilité doivent progressivement entrer dans les fonctions, les processus et les décisions qui font déjà fonctionner l’organisation. Achats, finance, RH, opérations ou R&D ne sont alors plus seulement consultés par la RSE : ils deviennent des acteurs de son exécution.

C’est précisément à cette frontière que la co-construction s’arrête. Une fois le cap choisi et traduit en responsabilités opérationnelles, l’enjeu devient d’embarquer plus largement les équipes dans la stratégie RSE : traduire les priorités dans le travail quotidien, développer les relais et maintenir l’appropriation dans le temps.

Co-construire ne consiste donc pas à décider collectivement de tout. Il s’agit d’organiser suffisamment de confrontation avec le réel pour que les décisions prises soient à la fois ambitieuses, assumées et exécutables.

Co-construire pour rendre la stratégie réellement exécutable

La co-construction ne vaut pas par le nombre d’ateliers organisés ou de métiers consultés. Elle est utile lorsqu’elle permet de confronter les ambitions RSE aux contraintes de l’entreprise avant que les choix soient figés : ressources disponibles, dépendances, objectifs métiers, CAPEX/OPEX, calendrier et capacité réelle à agir.

Le résultat attendu n’est pas le consensus. C’est une stratégie dont les arbitrages ont été suffisamment confrontés au réel pour être à la fois ambitieux, assumés et exécutables.

Toovalu accompagne les directions RSE dans la structuration de leur stratégie, de leurs priorités et de leurs plans d’action, jusqu’au pilotage de leur mise en œuvre dans le temps. Vous souhaitez structurer une stratégie RSE capable de tenir face aux contraintes opérationnelles de votre organisation ? Échangez avec nos experts.

‍

Demande de rendez-vous