Le climat a été la porte d'entrée majeure de l'ESG en entreprise pendant vingt ans. À juste titre : les émissions de gaz à effet de serre sont quantifiables, les impacts globaux et cumulatifs, les cadres méthodologiques matures (Bilan Carbone®, GHG Protocol, SBTi, TCFD). Ce travail continue et reste essentiel.
Mais le climat n'est qu'une facette de la crise environnementale. La perte de biodiversité, la dégradation des sols, le stress hydrique, la surexploitation des ressources représentent des risques tout aussi structurels pour les modèles d'affaires. Selon le Forum Économique Mondial, plus de la moitié du PIB mondial dépend directement ou indirectement des services fournis par les écosystèmes : pollinisation, régulation de l'eau, fertilité des sols, ressources biologiques. Ces services fonctionnent en silence tant que les écosystèmes sont intacts. Ils se révèlent comme risques business dès qu'ils se dégradent.
La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) est le cadre international qui structure l'analyse et le reporting des risques et opportunités liés à la nature. Publié en septembre 2023, il a déjà franchi le seuil d'adoption critique : plus de 500 organisations dans le monde, grands groupes cotés, institutions financières majeures et régulateurs. Le rythme d'adoption dépasse celui de TCFD à équivalent de maturité depuis son lancement. Les ETI ne sont plus en amont du mouvement, elles sont en train de le rattraper.
Pour situer la nature dans l'ensemble d'une stratégie de gestion des risques ESG et comprendre comment elle s'articule avec les autres familles de risques business, l'article pilier pose le cadre global.
- La nature est un sujet stratégique de première importance pour les entreprises, distinct et complémentaire du climat. La dégradation en cours transforme des dépendances invisibles en risques business tangibles.
- La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) est le cadre international publié en septembre 2023 qui structure l'analyse et le reporting des risques et opportunités liés à la nature. Elle est déjà adoptée par plus de 500 organisations dans le monde et s'intègre à la réglementation européenne via l'ESRS E4 (European Sustainability Reporting Standards sur la biodiversité).
- La méthode LEAP (Locate, Evaluate, Assess, Prepare) est l'outil central de la démarche TNFD. Elle structure l'analyse en quatre étapes accessibles, directement inspirées des approches déjà utilisées en analyse de risque climatique physique.
- Trois pièges classiques fragilisent les premières démarches nature : l'exhaustivité prématurée, la mesure avant la stratégie, la communication avant la substance. Les éviter conduit à une démarche propre, crédible et défendable en COMEX.
Les entreprises dépendent de la nature de multiples façons, la plupart invisibles dans la comptabilité classique.
Ces dépendances sont invisibles tant que les écosystèmes fonctionnent à pleine capacité. Elles deviennent brutalement visibles quand ils se dégradent : une sécheresse qui interrompt la production, un effondrement de population de pollinisateurs qui fragilise un approvisionnement, une contamination de nappe phréatique qui met hors service un site industriel.
Un modèle d'affaires qui dépend de services écosystémiques sans les cartographier est un modèle d'affaires qui subit ses vulnérabilités sans les voir.
Quelques données robustes recadrent l'ampleur réelle du sujet nature.
Ces ordres de grandeur placent la nature au niveau du climat en termes d'impact économique potentiel, avec un niveau de maturité méthodologique inférieur mais en progression rapide.
La nature n'est pas un sujet marginal ni prospectif. C'est un sujet économique majeur, mais encore mal mesuré dans la plupart des entreprises.

Trois convergences simultanées ont fait basculer le sujet nature dans l'agenda financier mainstream.
Le sujet nature n'est plus une préoccupation d'ONG ni une prospective à dix ans. Il est installé dans l'agenda financier et réglementaire mainstream, et il monte plus vite que le climat ne l'a fait à équivalent de maturité.
La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) est une initiative internationale lancée en 2021 par quatre organisations fondatrices avec le soutien de grands groupes et d'institutions financières :
Son objectif : fournir aux entreprises et aux institutions financières un cadre structuré pour analyser, gérer et rapporter les risques et opportunités liés à la nature, sur le modèle de ce que TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures) a construit pour le risque climatique.
Les recommandations finales ont été publiées en septembre 2023 après deux ans de consultation internationale. En 2024, plus de 500 organisations ont annoncé leur alignement sur le cadre, dont des grands groupes français cotés et de nombreuses institutions financières européennes. Le cadre est devenu un standard de fait dans les grandes entreprises et la finance. La comparaison avec TCFD est instructive : TNFD a franchi en deux ans le seuil d'adoption que TCFD avait atteint en cinq, signe de l'accélération de l'agenda nature dans les cercles financiers.
TNFD structure ses recommandations autour de quatre piliers, homologues de ceux de TCFD, ce qui rend la démarche immédiatement familière pour les entreprises déjà avancées sur le risque climatique.
Cette structure permet une intégration cohérente avec le reporting climat déjà en place dans les entreprises matures, sans créer de silo méthodologique nature à côté d'un silo méthodologique climat.
Au cœur des recommandations TNFD, l'approche LEAP structure la méthode d'analyse en quatre étapes séquentielles.
L (Locate) : localiser les interfaces entre l'entreprise et la nature. Cartographier où l'entreprise interagit avec les écosystèmes (sites propres, chaînes d'approvisionnement, marchés) et identifier les zones à enjeux particuliers (proximité d'espaces protégés ou dégradés, bassins versants en stress hydrique, forêts tropicales en chaîne de valeur). Plusieurs outils sont disponibles pour cette étape : la plateforme ENCORE (Natural Capital Finance Alliance et Global Canopy), les cartes IBAT (Integrated Biodiversity Assessment Tool), le WWF Water Risk Filter, les données IPBES.
E (Evaluate) : évaluer les impacts et dépendances liés à ces interfaces. Quels services écosystémiques l'entreprise mobilise-t-elle (eau, pollinisation, régulation climatique locale) ? Quels impacts l'entreprise génère-t-elle sur les écosystèmes (artificialisation, pollution, prélèvements d'eau, émissions polluantes) ?
A (Assess) : évaluer les risques et opportunités qui découlent de ces impacts et dépendances. Risques physiques (rupture d'approvisionnement liée à la dégradation d'un écosystème), risques de transition (évolutions réglementaires, exigences clients, notation ESG), risques systémiques (fragilisation des marchés entiers dépendants d'un écosystème).
P (Prepare) : préparer les réponses stratégiques. Gouvernance adaptée, cibles sur les priorités identifiées, actions concrètes, reporting interne et externe.
Cette méthode est directement inspirée des approches utilisées en analyse de risque climatique physique, ce qui la rend accessible pour les équipes déjà matures sur le climat. LEAP est la boussole méthodologique de TNFD. Comprendre ses quatre étapes suffit pour cadrer une première démarche opérationnelle.

TNFD ne fonctionne pas seul. Il s'inscrit dans un écosystème méthodologique qui se consolide progressivement.
La taxonomie européenne intègre la biodiversité parmi ses six objectifs environnementaux, avec des critères techniques d'alignement progressivement précisés.
TNFD n'est pas un cadre isolé. Il structure le centre d'un écosystème méthodologique cohérent sur la nature, comme TCFD l'a fait pour le climat autour du GHG Protocol, SBTi et des ESRS E1.
Toutes les ETI ne sont pas exposées de la même façon aux risques nature. La première étape est un calibrage sectoriel de l'exposition, qui détermine l'urgence et la profondeur d'analyse.
Aucun secteur n'est totalement exempt, mais l'urgence et la profondeur d'analyse varient fortement. Un calibrage sectoriel honnête conduit à prioriser les ressources sur les expositions les plus significatives plutôt que de traiter tous les enjeux nature avec la même intensité.
Un cadrage LEAP de niveau ETI ne demande pas une mobilisation massive. C'est un investissement modéré qui construit une position stratégique défendable en 3 à 6 mois.
Pour intégrer les priorités nature identifiées dans l'arbitrage global des enjeux ESG au COMEX et les défendre avec le même cadre économique que les autres risques, l'article sur les priorités ESG au COMEX du cocon détaille la méthode d'arbitrage.
Une fois le cadrage réalisé, l'intégration aux instances de gouvernance existantes est structurante. Créer une gouvernance nature séparée est une erreur stratégique : elle isole le sujet de la décision et réduit sa portée organisationnelle.
Les risques nature identifiés s'intègrent à la cartographie des risques d'entreprise, avec chiffrage en euros comparables aux autres risques business.
Le comité risques ou COMEX reçoit une présentation annuelle de l'évolution des risques nature et des progrès du plan d'action.
Le reporting extra-financier intègre les données ESRS E4 pour les entreprises concernées par la CSRD, ou une présentation volontaire structurée autour des quatre piliers TNFD pour les autres.
La relation investisseurs anticipe les questions des banques, assureurs et investisseurs institutionnels de plus en plus alignés sur les exigences de Finance for Biodiversity Foundation et Nature Action 100.
Pour articuler cette gouvernance nature avec la cartographie globale des risques ESG et comprendre comment l'intégrer sans créer de silos, l'article pilier du cocon développe la gouvernance intégrée des risques ESG.
La démarche nature complète la démarche climat. Elle ne la remplace pas, et les deux se renforcent mutuellement sur plusieurs points.
Pour comprendre comment enrichir l'analyse économique du bilan carbone en intégrant les impacts nature associés et présenter une vision intégrée climat-nature au DAF, l'article sur les économies bilan carbone du cocon propose la connexion financière.

Trois pièges récurrents fragilisent les premières démarches nature des ETI.
La maturité méthodologique du sujet nature progresse rapidement mais reste inférieure à celle du climat. Une ETI qui structure sa démarche aujourd'hui, proprement et sans excès, prend le sujet à sa main dans des conditions favorables.
Conclusion
La nature est un sujet stratégique incontournable pour les entreprises, au-delà du climat. Les régulateurs financiers, les investisseurs et la réglementation européenne convergent déjà sur le sujet avec un rythme d'adoption qui dépasse celui du climat à équivalent de maturité.
La TNFD structure l'analyse des risques et opportunités liés à la nature en s'inspirant du modèle TCFD sur le climat. Ses quatre piliers (gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs) et sa méthode LEAP (Locate, Evaluate, Assess, Prepare) donnent un cadre actionnable. L'articulation avec l'ESRS E4, le SBTN et la taxonomie européenne consolide un écosystème méthodologique désormais cohérent.
Une ETI structure sa démarche de manière progressive et raisonnée : calibrer son exposition sectorielle, réaliser un cadrage LEAP initial en 3 à 6 mois, intégrer les résultats aux instances de gouvernance existantes, articuler avec la démarche climat. Les entreprises qui structurent ce chantier aujourd'hui le font dans des conditions méthodologiques favorables. Celles qui attendent subiront un rattrapage contraint, sous pression réglementaire ou financière.
La TNFD, pour Taskforce on Nature-related Financial Disclosures, est un cadre international qui aide les entreprises à identifier, évaluer et publier leurs dépendances, impacts, risques et opportunités liés à la nature. Elle complète les cadres climat comme la TCFD en élargissant l’analyse aux enjeux de biodiversité, d’eau, de sols, d’écosystèmes et de ressources naturelles.
La dégradation de la nature transforme des dépendances souvent invisibles, comme l’eau, les sols, la pollinisation, les matières premières ou les services écosystémiques, en risques opérationnels, financiers et réputationnels. Une entreprise peut être exposée à des ruptures d’approvisionnement, à des hausses de coûts, à des contraintes réglementaires ou à une perte de licence sociale d’opérer.
Une démarche TNFD commence par la cartographie des dépendances et impacts de l’entreprise sur la nature, en tenant compte de ses sites, de ses chaînes d’approvisionnement et de ses activités clés. L’entreprise peut ensuite appliquer l’approche LEAP, qui consiste à localiser ses interfaces avec la nature, évaluer ses dépendances et impacts, analyser ses risques et opportunités, puis préparer sa réponse stratégique et son reporting.

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