Découvrez ce que la SNBC implique pour les entreprises et l'économie française

Définie dans le cadre des Accords de Paris, la SNBC recoupe un ensemble d’initiatives gouvernementales qui permettent de tendre vers une économie circulaire et décarbonée.
L’objectif majeur de la SNBC : atteindre la neutralité carbone pour 2050.
Pour y parvenir, le gouvernement souhaite responsabiliser tous les secteurs d’activité et les inviter à repenser leur modèle de production. Différents leviers sont activés pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) : crédits carbone, quotas d’émission, méthode Bilan Carbone®…
Les experts Toovalu reviennent sur les grands enjeux de la SNBC, les jalons importants pour les entreprises et les dernières mises à jour de cette stratégie évolutive.
La première version de la Stratégie Nationale Bas Carbone est publiée en 2015, introduite par la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV). Elle définit la trajectoire du pays pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.
Dans sa version initiale présentée avant la COP21, la stratégie prévoyait une réduction de 75 % des émissions pour 2050 (par rapport à 1990). En 2020, le plan d’action est révisé une première fois : la SNBC 2 permet d’adopter les budgets carbone 2019-2023, 2024-2028, 2029-2033, c’est-à-dire les quantités maximales d’émissions autorisées.
Rapidement, le gouvernement exprime le besoin de retravailler à nouveau cette stratégie car les budgets carbone sont dépassés. Par exemple, sur la période 2015-2018, le budget alloué aux transports a été dépassé de 6 %, celui des bâtiments, de 11 %. Ces deux dernières années, les objectifs de la SNBC 2 ont été mis à mal avec l’explosion de l’intelligence artificielle et son intégration massive dans les process des entreprises.
La SNBC a fait l’objet d’une nouvelle concertation publique entre novembre et décembre 2024 pour identifier les leviers prioritaires de décarbonation et ajuster les budgets carbone des 10 prochaines années, puis d'une année de concertation auprès de différentes parties prenantes. Elle doit être adoptée début 2026 à l’issue d’ultimes consultations (Autorité environnementale, Haut Conseil pour le climat, du Conseil national de la transition écologique etc.)
La SNBC 3 vise à remettre la France sur une trajectoire crédible vers la neutralité carbone à horizon 2050, en tenant compte des retards accumulés et des nouvelles dynamiques économiques et technologiques.
Ses principaux objectifs sont les suivants :
Pour les entreprises, la SNBC 3 marque un tournant : elle confirme le passage d’une logique d’orientation générale à une logique de transformation structurelle, dans laquelle les trajectoires de décarbonation devront être plus robustes, mesurables et alignées avec les cadres européens (CSRD, ESRS E1, SBTi).
Cette nouvelle version identifie 2030 comme un jalon important dans ses objectifs de décarbonation. Pour s’aligner sur les ambitions européennes du paquet “Fit for 55”, la France souhaite réduire ses émissions territoriales brutes de 50 % par rapport à 1990, comparé à 40% dans la SNBC 2.
Les budgets prévisionnels de la SNBC sont de plus en plus bas et reflètent bien la nécessité pressante de réduire les émissions :
Les objectifs de cette 3ème mouture sont très ambitieux : pour atteindre l’objectif fixé pour 2030, les émissions doivent baisser d'en moyenne 5% / an sur la période 2024 - 2030. En comparaison, elles ont par exemple baissé de 1,8% en 2024, et de 1,6% en 2025 (pour atteindre 363,4 MtCO2eq- la baisse de 2025 étant principalement due à une contraction de l'activité industrielle de la France).
Pour autant, le Ministère de la Transition Écologique assure se baser sur des scénarios réalistes plutôt qu'optimistes. L'élaboration de la SNBC 3 intègre des modèles économiques concrets ainsi que les contraintes budgétaires, industrielles et sociales pour garantir sa faisabilité, selon le ministère.
Atteindre les objectifs ambitieux de la SNBC 3 suppose de mobiliser des moyens financiers, technologiques et organisationnels importants. Sur ce volet, le gouvernement et le ministère de la Transition écologique n’ont pas encore détaillé l’ensemble de leur feuille de route opérationnelle. Néanmoins, plusieurs tendances structurantes se dégagent clairement des travaux préparatoires et des échanges avec les parties prenantes.
Pour guider l’ensemble des acteurs, la SNBC 3 s’articule autour de trois grandes orientations de politiques publiques :
Comme l’a résumé le ministère de la Transition écologique, « cette stratégie ne ressemble pas aux deux précédentes, qui étaient avant tout des trajectoires. La SNBC 3, c’est le business plan de la transition écologique, compatible avec le pouvoir d’achat des Français, notre capacité industrielle et la trajectoire de redressement des finances publiques ».
À plus long terme, voici les ambitions de la Stratégie Nationale Bas Carbone :
La préservation de la biodiversité et la restauration des écosystèmes ont été identifiés comme des priorités absolues pendant la concertation. Pour atteindre tous ses objectifs, le gouvernement et les entreprises doivent investir dans de vrais changements structurels : électrification, sobriété, mobilité durable, décarbonation industrielle…
Avant son adoption définitive, la SNBC 3 doit encore franchir plusieurs étapes institutionnelles clés, indispensables pour sécuriser sa robustesse juridique, environnementale et opérationnelle.
Le projet de stratégie fait d’abord l’objet d’une consultation approfondie des instances de gouvernance nationales, parmi lesquelles le Conseil national de la transition écologique (CNTE), le Haut Conseil pour le Climat (HCC) et le Conseil national d’évaluation des normes. Les collectivités territoriales, y compris les collectivités d’Outre-mer et la Corse, sont également associées afin de garantir la prise en compte des spécificités locales.
Parallèlement, l’Autorité environnementale est chargée de rendre un avis indépendant sur l’évaluation environnementale de la stratégie. Cet avis vise à analyser la cohérence des objectifs, l’efficacité des mesures proposées et les impacts potentiels de la SNBC 3 sur l’environnement et les écosystèmes.
Une dernière phase de consultation du public, organisée par voie dématérialisée, permettra ensuite de recueillir les contributions des citoyens, des entreprises et des acteurs de la société civile, avant la finalisation du texte.
À l’issue de ce processus, la SNBC 3 devrait être adoptée par décret au printemps 2026, marquant une nouvelle étape structurante dans la planification climatique française et le cadre de référence des stratégies climat des entreprises.

Concrètement, que signifie “neutralité carbone”? Légalement, la neutralité est atteinte lorsque l’équilibre est rétabli entre les émissions et les absorptions. Il s’agit donc à la fois d’émettre moins mais aussi d’investir dans les solutions d'absorption ou de séquestration du carbone.
Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, la France doit diviser par 6 ses émissions de CO2 (passer de MtCO2e à 80 MtCO2e). Tous les secteurs industriels sont mobilisés, et en particulier les transports, le bâtiment, l’agriculture et l’énergie.
Les entreprises de toute taille sont invitées à comptabiliser leurs émissions régulièrement, notamment via la méthode Bilan Carbone®, et à communiquer en toute transparence sur leurs initiatives.
L'absorption carbone peut être améliorée en préservant les puits naturels de carbone (océans, forêts, prairies) ou en investissant dans des technologies de séquestration (dans la roche par exemple). Un enjeu de taille face à la fragilisation des écosystèmes. Les puits forestiers ne cessent de disparaître : la mortalité des arbres a augmenté de 80 % en 10 ans, ce qui a divisé par 2 la capacité d’absorption de ces puits entre 2012 et 2022.
On comprend mieux pourquoi la préservation de la biodiversité fait partie des missions prioritaires de la stratégie nationale.

L’empreinte carbone moyenne d’un Français dépasse les 11 tonnes de CO2 / an depuis 2018. Cela inclut bien sûr les émissions engendrées par tous les produits importés (production et transports).
Pour la première fois, la nouvelle version de la SNBC 3 fixe également des objectifs en empreinte carbone, et donc s’engage à intégrer dans ces ambitions de décarbonation les émissions liées aux importations (c’est-à-dire la consommation française au-delà du territoire national à travers l’achat de produits fabriqués hors de France).
Pour réduire cette empreinte, il s’agit à la fois de responsabiliser les consommateurs dans leurs choix et de les éveiller aux enjeux climatiques, mais aussi de donner les moyens aux entreprises de repenser leur stratégie d’approvisionnement, de production et de distribution.
Plusieurs leviers pour cela :
Face à l’urgence climatique et à l’empreinte carbone croissante du numérique et des transports, les budgets carbone sont rehaussés à l’occasion des concertations de révision.
Les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone ne sont pas définis de manière arbitraire. Ils reposent sur un ensemble d’hypothèses macroéconomiques, de scénarios prospectifs et de contraintes physiques, économiques et sociales, construits à partir de travaux scientifiques et d’expertises institutionnelles.
La SNBC s’inscrit d’abord dans le cadre international de l’Accord de Paris, avec une trajectoire compatible avec une limitation du réchauffement à +1,5 °C. Les budgets carbone et objectifs sectoriels sont donc calibrés pour respecter cette contrainte climatique globale, traduite à l’échelle nationale.
Les trajectoires retenues intègrent des hypothèses structurantes, notamment sur :
Ces hypothèses sont volontairement prudentes : l’objectif n’est pas de projeter un scénario « idéal », mais une trajectoire jugée atteignable compte tenu des capacités industrielles, financières et organisationnelles du pays.
La SNBC s’appuie sur des modèles énergétiques et économiques qui permettent de tester plusieurs trajectoires possibles. Ces scénarios « haut » et « bas » évaluent les impacts de différents niveaux d’effort selon les secteurs, afin d’identifier les chemins les plus robustes face aux incertitudes (prix de l’énergie, acceptabilité sociale, disponibilité des ressources).
Enfin, la construction des objectifs tient compte :
Autrement dit, la SNBC 3 ne se contente plus de définir une trajectoire théorique : elle cherche à établir un cadre crédible, opérationnel et finançable, qui puisse servir de référence concrète aux politiques publiques… et aux stratégies climat des entreprises.
Les entreprises sont tenues de contribuer aux objectifs nationaux et de respecter les nouvelles exigences réglementaires. Les entreprises de plus de 500 salariés (250 salariés en outre-mer) doivent par exemple publier un BEGES tous les 4 ans, et tous les ans pour celles soumises à la CSRD , en respectant la méthode de comptabilité Bilan Carbone® ou GHG Protocol.
La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), effective de 2024, a aussi renforcé les obligations en matière de communication ESG. Les entreprises doivent présenter un rapport exhaustif de leurs émissions et présenter les risques, opportunités et objectifs de leur stratégie climat.
Pour soutenir les entreprises dans leur transition bas carbone, plusieurs outils et démarches sont disponibles : par exemple, le label Bas Carbone pour certifier des projets, ou des initiatives internationales comme le Science Based Targets initiative (SBTi) et le Net Zero Initiative (NZI), qui permettent de définir et structurer des stratégies de réduction des émissions.
Quelle que soit la méthode utilisée pour définir une stratégie climat, le Bilan Carbone® reste souvent la première démarche pour avoir une vision exhaustive des flux de votre entreprise et identifier les pôles les plus polluants.
Pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, la SNBC définit des objectifs de réduction spécifiques à chaque secteur clé de l’économie. Ces trajectoires permettent aux entreprises de mieux planifier leurs actions et investissements.
Voici un aperçu sectoriel de la répartition actuelle des émissions et des objectifs de la SNBC à l’horizon 2030.