
Un bilan carbone identifie les principaux postes d’émission. Une trajectoire fixe le niveau de réduction à atteindre. Mais entre les deux et les réductions réellement obtenues, l’entreprise doit encore décider quelles actions engager, avec quel budget, quel responsable et quel calendrier.
C’est le rôle du plan de décarbonation : transformer une ambition climatique en portefeuille d’actions chiffrées, priorisées et pilotables dans le temps.
Pour replacer cette étape dans l’ensemble de la démarche, consultez notre guide sur la décarbonation d’entreprise.
Un plan de décarbonation est une démarche structurée visant à réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’une organisation, en cohérence avec les trajectoires climatiques nationales, européennes et internationales.
Il repose sur des objectifs chiffrés, une trajectoire de réduction, une gouvernance et des indicateurs de suivi. Il s’inscrit dans le temps long et guide les décisions opérationnelles, financières et stratégiques de l’entreprise.
La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, conformément à la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). À l’échelle européenne, le paquet Fit for 55 fixe un objectif de réduction nette d’au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 1990.
Les entreprises jouent un rôle central dans cette trajectoire, en particulier dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie, du transport et du bâtiment, qui concentrent une part importante des émissions nationales.
Ces notions sont souvent utilisées de manière interchangeable, alors qu’elles répondent à des logiques distinctes :
Un plan de décarbonation efficace articule ces trois niveaux pour relier les objectifs de long terme aux décisions prises au quotidien.

Pour les entreprises soumises aux exigences de reporting de durabilité applicables, les informations climatiques (ESRS E1 : Changement climatique) peuvent couvrir notamment les émissions de GES, les objectifs de réduction, les actions engagées, les ressources mobilisées et le plan de transition climatique.
Le plan de décarbonation peut alimenter une partie de ces informations, mais il ne doit pas être confondu avec le plan de transition demandé par les référentiels de reporting : ce dernier couvre plus largement la manière dont la stratégie et le modèle économique de l'entreprise s'inscrivent dans la transition climatique.
Pour devenir un véritable outil de décision, le plan doit relier objectifs climatiques, investissements, actions opérationnelles, responsabilités et résultats mesurés. Chez Toovalu, nous distinguons six étapes : les deux premières posent le diagnostic et la trajectoire ; les quatre suivantes construisent et organisent l’exécution du plan.
La première étape consiste à établir un inventaire suffisamment complet des émissions de GES de l’entreprise, sur une année de référence clairement définie. Selon le cadre retenu, cet inventaire peut s’appuyer sur la méthode Bilan Carbone® ou le GHG Protocol.
Il doit préciser les périmètres organisationnels et opérationnels, les sources de données utilisées, les facteurs d’émission retenus et les principales hypothèses de calcul. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir un total d’émissions, mais d’identifier les postes prioritaires et leurs déterminants.
Le périmètre doit permettre d’identifier les émissions significatives sur lesquelles l’entreprise doit agir pour tenir sa trajectoire. Cela implique de regarder au-delà des seules émissions directes lorsque les principaux postes se situent dans la chaîne de valeur.
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Les résultats du bilan carbone peuvent ensuite être comparés aux trajectoires et budgets carbone définis par la SNBC. Cette mise en perspective permet d’évaluer les écarts avec les objectifs nationaux et d’identifier les transformations nécessaires selon le secteur d’activité.
L’ADEME propose également plusieurs méthodes, ressources et dispositifs mobilisables par les entreprises dans leur démarche de transition. Pour comprendre son rôle et les principaux dispositifs associés, consultez notre article consacré à l’ADEME.
L’enjeu consiste à hiérarchiser les émissions afin de concentrer les efforts sur les postes les plus émissifs. Cette analyse évite de multiplier les actions marginales et permet de mobiliser les ressources sur les leviers présentant le meilleur potentiel de réduction.
Le bilan carbone constitue ainsi le socle du plan de décarbonation : il fournit les données nécessaires à la définition de la trajectoire et à la sélection des actions.
La trajectoire de décarbonation doit s’inscrire dans le temps long. Elle comprend généralement :
La trajectoire repose sur un exercice de modélisation qui intègre plusieurs paramètres :
Les scénarios peuvent également intégrer la croissance future de l’entreprise, l’évolution de son périmètre, l’ouverture de nouveaux sites ou l’acquisition de filiales.
Un plan de décarbonation crédible peut s’appuyer sur les principes de la Science Based Targets initiative (SBTi). Cette démarche fournit un cadre pour définir des objectifs de réduction cohérents avec les données scientifiques sur le climat.
La trajectoire peut également être mise en regard des référentiels nationaux, notamment la SNBC, ainsi que des objectifs sectoriels et des exigences de la CSRD.
Une fois la trajectoire définie, l’entreprise doit recenser les leviers de décarbonation mobilisables sur l’ensemble de son périmètre.
À ce stade, l’objectif consiste à dresser une cartographie aussi complète que possible des actions envisageables, en cohérence avec le modèle économique, le secteur d’activité et les postes d’émissions identifiés lors du diagnostic.
Ces leviers couvrent plusieurs grandes familles. L’objectif n’est pas de retenir toutes les actions possibles, mais de constituer un portefeuille suffisamment large pour comparer ensuite leur potentiel de réduction, leur coût, leur faisabilité et leur calendrier.
Les leviers énergétiques restent structurants, notamment pour les émissions des scopes 1 et 2. Ils peuvent inclure :
La mobilité peut constituer un poste significatif, en particulier pour les entreprises multisites ou dont l’activité implique de nombreux déplacements.
Les actions peuvent porter sur :
Pour les activités industrielles, les leviers dépendent fortement du secteur, des technologies utilisées et des caractéristiques des installations.
Ils peuvent notamment inclure :
Dans de nombreuses entreprises, le principal potentiel de réduction se situe au niveau du scope 3, notamment dans les achats de biens et de services.
Les leviers peuvent porter sur :
Cette démarche suppose de disposer de données suffisamment fiables sur les achats, les fournisseurs et les flux logistiques.
La décarbonation du numérique recouvre plusieurs dimensions :
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Pour les entreprises dont une part importante des émissions dépend des produits ou services commercialisés, l’éco-conception peut constituer un levier structurant.
Elle consiste à intégrer les enjeux environnementaux dès la phase de conception, notamment à travers :
Ces leviers peuvent transformer durablement l’empreinte carbone et la proposition de valeur de l’entreprise.
À l’issue de cette cartographie, l’entreprise dispose donc d’un ensemble de leviers possibles, pas encore d’un plan de décarbonation. Le plan commence réellement lorsque ces leviers sont comparés, chiffrés, arbitrés puis traduits en décisions d’investissement et en actions attribuées.
Après avoir identifié les leviers possibles, l’entreprise doit sélectionner les actions à mettre en œuvre en priorité.
Une première matrice impact/faisabilité permet d'écarter ou de différer certains leviers, en classant les actions selon leur potentiel de réduction des émissions, leur faisabilité technique, leur coût, leur délai de mise en œuvre, leur acceptabilité organisationnelle et leur contribution à la résilience et à la performance de l’entreprise.
Pour arbitrer les investissements, elle doit cependant être complétée par une estimation du potentiel de réduction en tCO₂e, des CAPEX et OPEX, des économies attendues, du calendrier et des principales dépendances.
Pour les portefeuilles les plus matures, le coût d'abattement en €/tCO₂e apporte une lecture supplémentaire : il permet de comparer le coût économique des réductions obtenues par différents leviers.
Cette approche permet d’arbitrer entre les actions rapides à mettre en œuvre, les projets structurants et les transformations de plus long terme.
Un logiciel de pilotage comme Toovalu permet de modéliser plusieurs scénarios et de prioriser les actions selon différents paramètres : impact potentiel, faisabilité, coût, calendrier ou encore croissance future de l’entreprise.
La décarbonation implique souvent des investissements importants : rénovation énergétique, renouvellement des équipements, transformation des procédés ou évolution de la flotte de véhicules.
L’analyse des CAPEX et des OPEX permet de replacer chaque action dans la stratégie financière de l’entreprise. Elle facilite les arbitrages entre :
La priorisation gagne ainsi en cohérence avec les cycles budgétaires et les décisions d’investissement.
Un plan de décarbonation doit permettre de visualiser rapidement les actions retenues, leur contribution attendue, les moyens nécessaires, leur calendrier et leur responsable. Voici un exemple simplifié :
Exemple fictif à visée illustrative. Les hypothèses et critères de priorisation doivent être adaptés au secteur, au périmètre et à la trajectoire de l'entreprise.
La réussite du plan de décarbonation repose sur une répartition claire des responsabilités. Des référents doivent être identifiés au sein des directions concernées, notamment la RSE, la finance, les achats, les opérations, les ressources humaines et la direction générale.
Chaque action doit idéalement être associée à :
La mise en place d’un comité climat permet d’assurer le pilotage stratégique du plan. Il peut réunir des experts du sujet et des représentants des principales directions de l’entreprise.
Ce comité suit l’avancement des actions, examine les écarts avec la trajectoire et prépare les arbitrages nécessaires.
La décarbonation concerne l’ensemble de l’organisation. Elle nécessite donc une coordination étroite entre les équipes finance, achats, opérations, RSE, informatique et stratégie.
En complément du comité climat, un comité de pilotage transversal peut faciliter le suivi opérationnel des actions, la remontée des difficultés et le partage des bonnes pratiques entre les métiers.
Le pilotage repose sur des indicateurs clairs, comparables et régulièrement mis à jour. Ils peuvent notamment porter sur :
Les indicateurs doivent permettre de suivre à la fois les résultats environnementaux et la mise en œuvre opérationnelle du plan.
Un logiciel de stratégie climat permet de suivre l’évolution des émissions, d’actualiser les hypothèses et de piloter le plan de décarbonation de manière fiable et traçable.
Pour les organisations multisites ou internationales, un outil dédié facilite également :
Le plan doit évoluer avec l’entreprise, ses activités, son périmètre et les avancées technologiques. Une actualisation régulière permet de maintenir une trajectoire cohérente et opérationnelle.
Conclusion
Un plan de décarbonation constitue un outil de pilotage stratégique qui structure la transformation du modèle économique de l’entreprise face aux contraintes climatiques, économiques et réglementaires.
Il repose sur une démarche progressive : mesurer les émissions, définir une trajectoire, identifier les leviers, prioriser les actions, organiser la gouvernance et suivre les résultats dans le temps.
Pour les ETI et les grands groupes, un plan de décarbonation solide permet d’articuler les ambitions climatiques avec les réalités opérationnelles, financières et organisationnelles.
Nos consultants se tiennent à votre disposition pour vous présenter notre solution tout-en-un : logiciel, formation et accompagnement, afin de construire et piloter un plan de décarbonation ambitieux, réaliste et différenciant.
Un plan de décarbonation est une démarche structurée visant à réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise. Il combine trajectoire, plan d’action, gouvernance et indicateurs pour piloter la réduction carbone sur le long terme.
Les étapes préalables incluent le diagnostic des émissions (Bilan Carbone®) et la définition d’une trajectoire. Puis vient le plan de décarbonation en tant que tel : identification, priorisation des leviers d’action, mise en œuvre de la gouvernance et suivi continu à l’aide d’indicateurs et d’outils dédiés. Chaque étape permet d’assurer que les actions sont cohérentes, mesurables et alignées avec les objectifs climatiques.
Il existe de nombrreux leviers, qui dépendent de l'activité et des spécificités de l'entreprise. Voici quelques leviers parmi les plus courants : l’énergie (efficacité et renouvelables), la mobilité (flottes et déplacements), les procédés industriels, la supply chain, le numérique et l’éco-conception des produits. Chacun de ces leviers permet d’agir sur des postes spécifiques pour maximiser l’impact de la décarbonation.
Les entreprises utilisent des matrices impact/faisabilité et des analyses CAPEX/OPEX pour sélectionner les actions les plus efficaces et réalisables. Cette approche garantit que les efforts sont concentrés sur les leviers à fort potentiel et financièrement cohérents avec la stratégie de l’entreprise.
Il permet d’anticiper les risques réglementaires et économiques, d’orienter les investissements, de renforcer la résilience et de répondre aux attentes des investisseurs et partenaires. Bien conçu, il devient un outil stratégique qui structure la transformation durable de l’entreprise.