Taxonomie verte européenne : définition, critères et impacts pour les entreprises

Tout comprendre sur cet élément phare du Green Deal européen

Taxonomie verte européenne : définition, critères et impacts pour les entreprises

L’essentiel à retenir – Taxonomie européenne

  • La Taxonomie européenne est un cadre commun qui définit quelles activités économiques peuvent être considérées comme durables sur le plan environnemental.
  • Elle ne constitue ni un label, ni une obligation d’investissement, mais un outil de classification utilisé par les entreprises et les acteurs financiers.
  • Les entreprises doivent mesurer et publier la part de leur chiffre d’affaires, CAPEX et OPEX alignée avec la Taxonomie.
  • Les investisseurs et institutions financières utilisent ces données pour analyser leurs portefeuilles, comparer les entreprises et orienter l’allocation du capital.
  • Une faible ou absence d’alignement peut pénaliser l’accès au financement, en particulier pour les stratégies dites “durables”.
  • La Taxonomie s’articule étroitement avec la CSRD, la SFDR et les ESRS, et devient un pilier central de la finance durable européenne.

Les directions financières et RSE des entreprises sont confrontées à une difficulté majeure : comprendre ce que la taxonomie verte implique réellement pour leurs activités et leurs indicateurs ESG.

En effet, les critères techniques de la taxonomie verte s’avèrent complexes, les données exigées sont nombreuses et les interprétations sont parfois divergentes. Derrière l'enjeux est majeur : se conformer aux réglementations européennes et répondre aux attentes des parties prenantes (clients, financeurs et investisseurs notamment).

Décodage de ce texte phare du Green Deal européen avec les consultants RSE et experts compliance Toovalu.

Qu’est-ce que la taxonomie verte ?

Cubes bois écriture CO2 reduction

Taxonomie verte : définition

La taxonomie verte est la classification officielle de l’Union européenne qui définit les activités durables selon des critères techniques stricts. Elle sert de base aux entreprises et aux investisseurs pour analyser la performance environnementale réelle d’une activité et organiser un reporting ESG fiable.

Historique

Une proposition de Taxonomie verte a été présenté en 2018 par l'UE, dans le cadre du plan d'action pour une finance durable. Le Règlement "Taxonomie" a ensuite été adopté par l'Union européenne en juin 2020.

Objectif de la taxonomie

La taxonomie verte s'inscrit dans les objectifs climatiques et environnementaux du Pacte Vert européen.

Elle a été mise en place principalement pour orienter les investissements privés, afin qu'ils contribuent pleinement à l'objectif de l'UE de parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050.

Qui est concerné par la taxonomie ?

2 types d'acteurs sont concernés par ce dispositif phare du Green Deal européen :

  • les grandes entreprises cotées (réalisant plus de 25M d’euros de bilan et/ou 50M d’euros de CA net sur une base individuelle ou consolidée) de plus de 500 salariés, qui doivent publier des informations sur la durabilité de leurs activités selon le cadre de la CSRD (depuis 2025)
  • les grands acteurs de la finance, les compagnies d'assurance et les institutions financières qui répondent aux seuils présentés ci-dessus et sont également concernées par le reporting CSRD

Quels liens entre taxonomie vert et CSRD ?

  • CSRD et Taxonomie sont intimement liées puisque ce sont 2 éléments centraux du Pacte Vert européen.
  • Concrètement, la taxonomie définit le "quoi" (quelles sont les activités "durables" d'un point de vue environnemental) et la CSRD défini le "comment" (les exigences en matière de reporting).

    Les entreprises concernées par la CSRD doivent intégrer des données telles que demandées par la taxonomie verte dans leurs reporting CSRD.

    • Pour les sociétés non financières, il s'agit notamment d'indicateurs clés de performance sur la part de leurs investissements, dépenses d'exploitation et chiffre d'affaires éligibles et alignés sur la taxonomie, ainsi que des informations narratives.
    • Pour les sociétés financières, il y a d'autres KPI à présenter, notamment leur ratio d’actifs verts, par exemple.

    La taxonomie est donc un élément indispensable du reporting CSRD.

    Que recouvre exactement la Taxonomie verte en 2026 ?

    La taxonomie verte rassemble une liste d’activités économiques accompagnée de critères précis permettant d’évaluer leur contribution aux objectifs environnementaux européens.

    Ainsi, au-delà de la simple identification d’une activité, l’enjeu réside dans la capacité à présenter des données robustes et des preuves techniques cohérentes.

    Deux notions structurent l’ensemble :

    • L’éligibilité, qui confirme que l’activité figure dans la liste de l’UE
    • Et l’alignement, qui exige le respect intégral des critères techniques spécifiques environnementaux, de ne pas nuire à un objectif environnemental couvert par la taxonomie et d’offrir des garanties minimales, notamment sociales

    Les entreprises doivent donc différencier clairement ces deux étapes, car elles influencent la lecture du reporting et les échanges avec les financeurs.

    Pour mieux comprendre cette logique, voici un exemple :

    La rénovation énergétique d’un bâtiment apparaît dans la liste des activités éligibles. Pourtant, seul un gain important de performance énergétique et une analyse détaillée de l’impact environnemental permettent d’accéder à l’alignement. Cette distinction améliore la transparence auprès des investisseurs et permet une évaluation plus précise du projet déposé.

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    À retenir sur l'alignement et l'égilibilité

    L’éligibilité délimite le périmètre. L’alignement renforce la crédibilité du reporting et influence l’accès aux financements durables.

    Les 6 objectifs environnementaux de l’UE

    La taxonomie européenne repose sur six objectifs qui couvrent l’ensemble des enjeux environnementaux. Une activité alignée (et donc considérée comme "verte" au sens de la taxonomie) contribue substantiellement à l’un d’eux tout en évitant d’en dégrader un autre (et en respectant des garanties minimales en matière de droits humains et de droit du travail en parallèle).

    Cette logique intégrée évite les compromis environnementaux et renforce la cohérence des stratégies climat.

    Quels sont les 6 objectifs environnementaux de la taxonomie ?

    1. L’atténuation du changement climatique. Selon les critères, une activité y contribue lorsqu’elle atteint des niveaux de performance qui sont alignés sur la neutralité climatique et la limitation de l'augmentation de la température à 1,5 °C à l'échelle mondiale (via une diminution des émissions liées à sa production ou à son usage, notamment).
    2. L’adaptation. Ici, l’analyse repose sur la capacité de l’activité à renforcer la résilience face aux aléas climatiques. Autrement dit, sa capacité à apporter des solutions pour réduire sensiblement les risques et/ou les incidences négatives sur le climat. Cela signifie la mise en œuvre de solutions visant à réduire considérablement les risques climatiques les plus importants identifiés pour une activité particulière, tels que les incendies de forêt, les tempêtes ou les sécheresses.
    3. La gestion durable et la protection de l’eau. L'objectif peut être poursuivi si l'activité économique assure un bon état ou prévient la détérioration des masses d’eau ou permet de parvenir au bon état écologique des masses d’eau.
    4. L’économie circulaire. Elle désigne les efforts fait par une entreprise pour intégrer l'économie circulaire à son modèle,  que ce soit par ses achats, sa proposition de services, l'usage de ses produits etc. Elle couvre des approches très concrètes : extension de la durée d’usage, réparation, réutilisation ou réduction de l'utilisation des matières premières ou contenant des substances dangereuses. Les filières du reconditionnement informatique ou de la vente de vêtements de seconde main en sont des exemples emblématiques.
    5. La pollution. Cet objectif rassemble les activités réduisant strictement les émissions toxiques (pollutions et gazà effet de serre), supprimant l’usage de substances chimiques, de même que celles qui améliorent la qualité de l’air, de l’eau ou des sols ou qui nettoient les dépôts sauvages de déchets ou d’autres polluants, par exemple.
    6. La biodiversité. Il s'agit de la capacité de l'entreprise à contribuer de manière substantielle à protéger, conserver ou restaurer la biodiversité et à assurer le bon état des écosystèmes ou à les protéger.

    À retenir

    Une activité alignée contribue substantiellement à un objectif précis tout en préservant les cinq autres, ce qui impose une analyse technique approfondie pour chaque activité de l'entreprise.

    Taxonomie : éligibilité VS alignement

    Parlement européen

    Comment trancher entre éligibilité et alignement ?

    Une fois les activités éligibles identifiées, l’entreprise doit vérifier si elles atteignent l’alignement. Cette phase nécessite une analyse détaillée des performances environnementales réélles de l'entreprise et de ses impacts transversaux. Elle demande un niveau de précision jamais rencontré dans les référentiels précédents.

    L'exemple de la flotte de véhicule

    Un exemple très parlant concerne les flottes de transport.

    La construction d'une flotte de véhicules électriques ou hybrides d'une entreprise est  éligible. Un véhicule électrique semble intuitivement plus favorable au climat qu'un véhicule thermique.

    L'alignement est d'ailleurs vérifié dans certain cas. A titre d'exemple, dans son rapport annuel 2024, le groupe Wolkswagen déclare que 7,4 % de son chiffre d’affaires est aligné avec la taxonomie de l’UE et correspond à «la fabrication de technologies à faible émission de carbone pour les transports», ce qui intègre la vente de ses véhicules entièrement électriques et d’une grande partie de ses véhicules hybrides rechargeables fabriqués au sein de l’UE.

    Pourtant, une entreprise qui souhaite construire une flotte de véhicules électrique ou hybrides doit vérifier précisément l'alignement de cet activité car :

    • l'empreinte carbone de la fabrication d'un véhicule électrique est plus forte que celle d'un véhicule thermique, surtout s'il s'agit d'un véhicule de taille importante (les SUV par exemple).
    • le véhicule électrique "rattrape" ensuite son retard sur le thermique au cours de son utilisation, qui est faiblement émettrice comparée à celle d'un véhicule thermique. 
    • Le véhicule électrique devient donc plus intéressant -d'un point de vue carbone- au-delà d'un certain nombre de kilomètres parcourus.
    • S'il est peu utilisé, à la fin de sa vie il aura finalement eu une empreinte carbone plus élevée qu'un véhicule thermique.

    L’entreprise doit donc analyser les émissions liées à la fabrication du véhicule, leur utilisation, l’électricité utilisée pour la recharge, les impacts sur l’eau ou encore la gestion des batteries en fin de vie.

    En résumé, l’alignement de l'activité d'une entreprise repose sur une analyse cohérente et documentée.

    Taxonomie : quels impacts pour les entreprises en 2026 ?

    La taxonomie est la classification de référence pour orienter les décisions financières des entreprises.

    Taxonomie et investisseurs

    Les financeurs s’y appuient en effet pour évaluer l’impact environnemental d’un projet, car ce cadre apporte une lecture plus nette des risques liés aux activités. Cela permet notamment aux banques de savoir si leurs placements favorisent ou non les objectifs du Pacte vert pour l’Europe, et contribue donc la neutralité carbone de l'UE d'ici 2050.

    A noter que la taxonomie n'impose rien aux financeurs. Concrètement, elle ne pénalise pas directement les établissements financiers qui investissent dans des activités fortement émettrices de CO2. Sont rôle sur les investisseurs est indirect : les aides européennes tendant à prioriser les activités alignées avec la taxonomie.

    Concrètement, la taxonomie a permis l'essor de la "finance verte" depuis les Accords de Paris, et notamment des Green Bonds, adossés aux critères et objectifs de celle-ci.

    A noter aussi que certains investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d'assurances, fondations etc.) privilégient les entreprises et activités qui sont alignées avec la Taxonomie pour constituer leurs portefeuilles.

    Taxonomie et performance des entreprises

    Avec le renforcement des exigences et attentes de toutes les parties prenantes de l'entreprise, la performance de celles-ci est de plus en plus liée à leur engagements RSE et Climat, et donc indirectement, à leur alignement par rapport aux objectifs de la taxonomie. En pratique, miser sur la durabilité permet :

    • d'attirer de nouveaux salariés
    • d'améliorer son image
    • de bénéficier de certaines labellisations
    • de répondre à des appels d'offres de clients de plus en plus exigeants.

    Taxonomie et évolution des entreprises

    En parallèle, la taxonomie accélère l’évolution interne des organisations.

    • Les équipes RSE identifient plus vite les points sensibles
    • Les directions financières disposent d’éléments fiables pour qualifier l’impact environnemental d’un investissement.
    • Les dirigeants peuvent mieux juger de la capacité de leur entreprise à s'adapter face aux impacts du changement climatique et à anticiper les risques liés à leur activité

    Cette coordination devient indispensable avec la CSRD, qui impose depuis 2025 la publication de la part éligible de la taxonomie verte, de la part alignée et de l’ensemble des preuves associées. Pour y parvenir, il faut un travail homogène entre données opérationnelles et données financières.

    La taxonomie influence donc la finance, la stratégie et le reporting des entreprises. Elle renforce ainsi la lisibilité des projets et clarifie les priorités internes.

    Toovalu propose une solutions globale (formation, conseil, logiciel RSE CSRD) pour la mise en conformité et le reporting extra-financier des entreprises.

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    Questions fréquentes : taxonomie verte

    Quelles entreprises sont concernées par la taxonomie verte ?

    Entre 2025 et 2027, sont concernées uniquement les entreprises cotées de plus de 500 salariés réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 50 M d’euros et/ou un total de bilan de plus de 25 M d’euros. Celles-ci doivent désormais publier un reporting allégé sur l'exercice précédent  :

    • Une évaluation complète n’est plus nécessaire pour les activités économiques non significatives pour la société ou le groupe (représentant moins de 10 % du Capex ou Opex).
    • Il y a moins de point de données à déclarer
    • Jusqu’au 31 décembre 2027, les entreprises financières peuvent ne pas déclarer les données liées à la Taxonomie (sauf celles qui émettent des obligations vertes).

    Pourquoi la taxonomie occupe-t-elle une place centrale en 2025 ?

    Parce qu’elle sert désormais de grille commune à tous les acteurs : entreprises, financeurs, auditeurs, analystes ESG. Elle apporte un langage partagé qui réduit les interprétations et stabilise les échanges autour de la performance environnementale.

    Quels secteurs rencontrent le plus de difficultés avec la taxonomie ?

    Les secteurs intensifs en énergie, en eau ou en matières premières font face à des analyses plus denses : industrie lourde, transport, construction, énergie, agroalimentaire. Les critères techniques exigent une connaissance fine des procédés, ce qui demande une organisation interne robuste.

    Comment la taxonomie influence-t-elle la relation entre DAF et RSE ?

    Elle rapproche ces deux fonctions, car les données financières doivent désormais dialoguer avec les données environnementales.

    Le travail se fait en binôme : la RSE apporte la compréhension des impacts, la DAF garantit la fiabilité et la cohérence des chiffres publiés.

    La taxonomie entraîne-t-elle une évolution des pratiques de reporting RSE ?

    Oui, car elle impose une logique de preuve plus rigoureuse. Les entreprises doivent documenter chaque indicateur, tracer les sources, justifier les méthodes et structurer les informations de manière homogène pour préparer l’audit CSRD.

    En quoi un accompagnement expert sur la taxonomie change-t-il la donne ?

    Un appui extérieur accélère la compréhension des critères, guide la hiérarchisation des données et évite les erreurs d’interprétation. Pour beaucoup d’organisations, cela réduit les délais, améliore la qualité du reporting et sécurise la publication finale.