Est-il pertinent d’intégrer les Objectifs de Développement Durable dans une DPEF ?

En 2015, les 193 États membres des Nations Unies adoptent 17 Objectifs de Développement Durable (ODD), définissant 17 priorités pour réinventer un modèle de société autour d’une justice sociale et environnementale. Ces ODD portent l’ambition d’une transformation sociétale éradiquant la pauvreté et assurant la transition écologique et solidaire des pays vers un monde plus juste, plus sûr, plus inclusif. Indivisibles, universels et interconnectés, ils visent à constituer un cadre d’action commun à tous les acteurs et ouvrent à des collaborations multi-acteurs et à de nouvelles pistes de développement.

Figure 1 : cadre des ODD

Pourtant, quatre ans après leur adoption, António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies déclarait « la situation mondiale est troublante, […] malgré les progrès réalisés, nous ne sommes pas encore sur la bonne voie ». Le changement climatique, la biodiversité, les inégalités entre pays et au sein des pays sont à des niveaux alarmants et sont les enjeux majeurs et interdépendants de notre époque. Les experts exhortent les pays à renforcer les partenariats publics-privés, à favoriser la science, pour parvenir aux transformations nécessaires. Le Secrétaire général des Nations Unies appelle chacun à agir d’ici 2030 : « Nous devons mobiliser le secteur privé, il représente 75 % du PIB mondial. La collaboration avec les entreprises – et les principaux PDG du monde – est essentielle pour atteindre les Objectifs de Développement Durable d’ici 2030. […] Ensemble, donnons le coup d’envoi à une décennie de résultats et d’actions pour les hommes et la planète ». L’atteinte des ODD dépend de la mobilisation de tous, acteurs publics comme privés.

Le secteur privé et les entreprises ont un rôle clef à jouer dans l’atteinte des ODD, une responsabilité sociétale pour contribuer à une transition écologique et solidaire. Dans cette série d’articles sur la Déclaration de Performance Extra Financière des entreprises, nous nous intéressons ici à la pertinence d’intégrer les ODD dans la DPEF des entreprises et aux bonnes pratiques associées.

46 % des Français n’ont jamais entendu parler des ODD en 2020 alors que les citoyens indiens ou turcs déclarent en majorité les connaître. Néanmoins, 88 % des Français considèrent que les entreprises ont un rôle à jouer dans l’atteinte des ODD. Source : Étude IFOP pour l’Association 4D. Etude WEF

Source : www.un.org

LES ODD, UN CADRE UNIVERSEL POUR LA RSE

La vision des ODD ouvre la voie aux entreprises pour se projeter dans de nouvelles stratégies et dans des collaborations multilatérales autour d’objectifs partagés. Les entreprises sont incitées à utiliser ce cadre, aussi bien au niveau mondial avec les Nations Unies qu’au niveau national par le gouvernement.

Sur 729 entreprises interrogées dans le cadre du SDG Reporting Challenge en 2019, 72% mentionnent les ODD dans un rapport RSE ou sur leur site, et pourtant 49% ne présentent ni indicateurs quantifiables ni stratégie associée, et seulement 14% présentent des objectifs spécifiques aux ODD.

Figure 2 : Les ODD fortement utilisés par les entreprises, mais peu opérationnels, d’où un contraste fort entre communication et action.

Un an plus tard, en Septembre 2020, le baromètre « ODD et entreprises françaises », mené par le Global Compact permet de dresser un état des lieux de l’appropriation des ODD par les entreprises françaises pour la deuxième année consécutive. Basée sur un questionnaire auprès de 253 entreprises engagées dans une démarche RSE, les résultats montrent une évolution positive, avec

  • Des parties prenantes de plus en plus impliquées. 83 % des entreprises déclarent être interrogées sur leurs actions en faveur des ODD par leurs parties prenantes, qu’elles soient internes ou externes. Un résultat qui illustre l’importance accrue désormais accordée aux ODD par l’ensemble de l’écosystème de l’entreprise.
  • 20 % des répondants souhaitent s’appuyer sur les ODD pour définir leur raison d’être. Une nouveauté 2020 qui illustre une meilleure appropriation des ODD, portée par la Loi Pacte votée en 2019.
  • Une attention accrue sur la mesure des impacts négatifs. 1/4 des entreprises environ a prévu de travailler au cours de l’année à la mesure d’impact de leurs activités. L’importance d’identifier également les impacts négatifs, soulignée par 35 % des répondants, contre 25 % en 2019, traduit une évolution de l’appropriation des ODD de la part des entreprises.

Ce dernier point montre la volonté des entreprises de s’engager de plus en plus dans des démarches soutenues par le consensus scientifique, tels que la méthodologie Assessing Low Carbon Transition (ACT) ou l ’initiative Science-Based Targets pour les objectifs climatiques. Ces méthodologies opérationnelles devraient s’étendre aux autres problématiques soulignées par les ODD tels que les impacts d’une entreprise sur la biodiversité ou sur son territoire. Notre analyse bibliographique montre que le cadre universel des ODD peut permettre de structurer les initiatives RSE du secteur privé et de quantifier l’impact sociétal des entreprises. Cependant, elle montre également que le manque d’outils opérationnels, de coordination multi-acteurs et d’une participation communautaire significative, limitent fortement ce potentiel.

Le baromètre du Global Compact souligne également le besoin fondamental d’outils pour aider les entreprises à intégrer les ODD à leur démarche RSE. Des outils nécessaires à la fois pour mettre en œuvre des actions et de la feuille de route liées aux ODD, ainsi que pour le reporting associé. Les parties suivantes proposent une synthèse de bonnes pratiques pour intégrer les ODD dans le reporting et la stratégie d’entreprise, ainsi qu’un état des lieux des ressources existantes et déjà mis à disposition des entreprises.

BONNES PRATIQUES, ETAPES POUR INTEGRER LES ODD DANS SA DPEF ET SA STRATEGIE

Comprendre les ODD

La première étape pour s’approprier les ODD est de les comprendre : que sont-ils, dans quel but ont-ils été créés, en quoi sont-ils liés à la responsabilité sociétale des entreprises ? La responsabilité sociétale des entreprises étant définie comme la responsabilité de contribuer au développement durable, il s’agit donc pour chacune d’entre-elles d’identifier sa part de contribution, telle le Colibri luttant contre le feu de forêt !

Identifier les risques et opportunités liées aux ODD, en faisant le lien avec la matrice de matérialité

Avec la logique de matérialité des enjeux, les entreprises doivent elles-mêmes définir les enjeux qui sont les plus pertinents pour elles et pour leurs parties prenantes. Ces enjeux peuvent souvent être associés à des enjeux sociaux, sociétaux ou environnementaux, et donc avec les ODD. Pour en savoir plus sur la matrice de matérialité, retrouvez notre article sur le sujet ici.

Définir des ODD prioritaires

A partir de l’analyse des enjeux, identifier les ODD prioritaires pour son entreprise aussi bien en termes de création de valeur et d’impact positif que de risques d’impacts négatifs. Une fois les enjeux bien définis, sélectionner des indicateurs et collecter les données associées. Ce sujet étant clef dans l’exercice de la DPEF, le prochain article de notre série portera sur la définition d’un bon indicateur.

Définir des objectifs et mesurer l’atteinte des ODD

Une fois les indicateurs définis, des objectifs réalistes et temporels doivent être définis. Ceux-ci intègrent à la fois une cible long terme pour définir le cap, ainsi que des objectifs intermédiaires précisant le périmètre, le niveau d’ambition et les moyens mis en œuvre. Très peu d’entreprises communiquent sur les niveaux de contribution aux ODD de manière transparente, avec des indicateurs spécifiques. En effet, les indicateurs de l’ONU sont en priorités destinés aux états et ne sont pas directement opérationnels et appropriables pour les entreprises.

Intégrer les ODD dans son modèle d’affaire et sa raison d’être

La création de valeur et l’impact positif d’une entreprise peuvent être démontrées avec le prisme des ODD, notamment en faisant le lien avec leur raison d’être récemment définie ou en cours de définition. Une fois les ODD et les enjeux sociétaux intégrés dans la stratégie d’une entreprise, il est indispensable de sensibiliser et engager les différents métiers au sein de l’entreprise, puis de mobiliser les différentes parties prenantes et l’écosystème pour une action collective liée à la contribution aux ODD.

QUELLES RESSOURCES POUR LES ENTREPRISES ?

Pour comprendre les ODD :

  • La résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 25/09/2015.
  • La liste des 17 ODD et de leurs 169 cibles et 232 indicateurs.

Pour le reporting :

  • Integrating the SDGs into Corporate Reporting : A Practical Guide – du Global Compact des Nations Unies et GRI: un process en trois étapes pour intégrer les ODD aux pratiques de l’entreprise et dans son reporting.
  • Le SDG Compass, guide des ODD à destination des entreprises.

Pour identifier des actions :

  • « Entreprises, contribuez aux Objectifs de Développement Durable ! », guide reprenant chacun des 17 ODD en les illustrant par des exemples d’actions concrètes.
  • Impact Observer, observatoire de solutions à impact positif à destination des entreprises et liées aux ODD, réalisé par Toovalu en partenariat avec OpenLande, La Ruche, Finpact.
  • SDG Action Manager : cet outil web développé par le Global Compact et BLab, permet aux entreprises de mesurer leur contribution à l’atteinte des ODD au travers de plusieurs questions d’analyse.
  • « PME : Comment vous différencier grâce aux Objectifs de Développement Durable », guide recensant des bonnes pratiques de PME en matière d’ODD. Édité sous l’impulsion de la CFE-CGC, aux côtés du Comité 21, de France Chimie et de Kedge Business School
  • Label Engagé RSE : la réalisation d’une évaluation sur le label Engagé RSE permet d’identifier les pratiques de contribution sociétale de l’entreprise et d’évaluer le niveau de contribution de l’entreprise aux 17 ODD.
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