LA VALEUR DE L’ACTION POUR LE CLIMAT | Toovalu

Synthèse du rapport de la commission présidée par Alain Quinet[1] et demandé par Edouard Philippe

Au moment où la loi PACTE intègre dans le code civil l’obligation pour les entreprises de prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux dans leur prise de décision, comment fait l’État pour intégrer les enjeux climat dans leur prise de décision ?

La proposition faite par ce rapport est de donner « Une valeur tutélaire au carbone » de 250 €. Il ne s’agit pas d’une taxe carbone mais du coût qu’il faut intégrer dans ses budgets pour prendre la bonne décision en faveur du climat.

La France a d’ailleurs pris des engagements significatifs pour le climat dans le cadre de la Stratégie Nationale Bas Carbone ou Zéro Emissions Nette (ZEN2050[2]). Cette valeur tutélaire du carbone permettra-t-elle d’infléchir la prise de décision pour être au rendez-vous des engagements pris ?

N’oublions pas que le meilleur scénario climato-compatible commence par une sobriété, comme le propose Négawatt. La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas.

Dans le cadre d’une demande exprimée par le Premier ministre Edouard Philippe, une commission, composée d’une vingtaine d’experts et économistes de l’environnement, présidée par Alain Quinet, a produit un rapport cherchant à quantifier la valeur de l’action sur le climat.

 

Quels sont les principaux enseignements qualitatifs de ces travaux ?

  • L’atteinte de l’objectif « zéro émission nette » passera à la fois par des économies d’énergie et par une décarbonation de l’énergie utilisée ;
  • La décarbonation sera progressive et reposera en grande partie sur des investissements destinés à « verdir » le capital existant (logements, bâtiments tertiaires, véhicules, etc.) ou à constituer de nouvelles infrastructures (réseaux de chaleur, réseaux de bornes de recharge électrique, transports collectifs, etc.) ;
  • Une partie des émissions peut être supprimée à un coût faible voire nul dans des délais réduits. À titre illustratif, on peut penser à des changements de comportement : réduction des gaspillages et économies d’énergie, recours au covoiturage et à l’écoconduite des véhicules thermiques, recours à la fertilisation organique plutôt que chimique dans l’agriculture, etc.
  • Viennent ensuite les actions qui requièrent des investissements dans des technologies matures ou en passe de le devenir (de types : pompes à chaleur, isolations de toitures et de combles, véhicules électriques pour certains usages, méthanisation, etc.). Ces investissements peuvent être réalisés à coût modéré s’ils sont engagés au moment où l’on est amené à remplacer des équipements existants arrivant en fin de vie.
  • La dernière partie des émissions ne pourra être supprimée qu’avec des technologies émergentes ou méritant de futurs développements à long terme (au-delà de 2030), coûteuse en l’état actuel des connaissances (production d’hydrogène par électrolyse, capture et stockage du CO2, etc.)

 

Qu’entend-on par « Valeur de l’action » ?

La valeur de l’action pour le climat est une valeur de référence donnée à la tonne de CO2e évitée. Son but est d’évaluer et sélectionner les actions utiles à la lutte contre le changement climatique. Elle permet ainsi de guider les décisions publiques ou les stratégies bas carbone d’entreprises.

Exemple :

En 2030, si la valeur est de 250 €/tonne de CO2e cela signifie que toute action permettant de réduire les émissions et ayant un coût inférieur à 250 €/tonne de CO2e ferait sens pour la collectivité et devrait donc être entreprise. Par exemple si un projet coûte 400 k€ euros et permet d’éviter 2000 tonnes de CO2e, son coût est de 200 € par tonne de CO2 évitée et donc l’action doit être réalisée.

Ainsi des investissements pour le train et les transports en commun qui sont souvent couteux par rapport à la route ou l’aérien, sont rééquilibrés grâce aux économies CO2e qu’ils peuvent apporter…

 

Comment est déterminée la « valeur de l’action » ?

Afin de calculer cette valeur, 5 simulations basées sur des modèles mathématiques ont été conçus. En simulant les investissements, actions, ou avancées des technologies bas carbone au fil des années, ils avaient pour objectif d’atteindre le zéro émission net (ZEN) en 2050.

Aujourd’hui, il y a de nombreuses actions peu couteuses qui peuvent rapidement être mises en place et générer des émissions de CO2 significatives, mais avec le temps, elles deviendront plus couteuses car plus complexes d’aller chercher ces réductions de CO2. Le coût de l’action va donc augmenter avec le temps.

Puisqu’il est préconisé de commencer les réductions par les actions les moins onéreuses, cette augmentation de la valeur tutélaire en fonction des efforts déjà réalisés se traduit par une augmentation en fonction des années. Au total, la commission recommande de retenir une valeur de 250 €2018 en 2030, 500 €2018 en 2040 et 775 €2018 en 2050.

Ci-dessus – une proposition de trajectoire 

 

Voici quelques exemples de déploiement de technologies que cette valeur carbone nous incite à mettre en place au fil des années :

Conclusion :

Des engagements ambitieux et nécessaires ont été défini à travers l’ambition Neutralité 2050, il est donc logique d’une part de prendre les bonnes décisions en intégrant un coût carbone dans le cadre des nouveaux projets mais également d’investir dans des projets avec des potentiels de réduction significatifs.

Cette valeur tutélaire du carbone peut être utilisée par les entreprises également afin de guider leur prise de décision et encourager des décisions en faveur de l’environnement.

 

Pour en savoir plus sur ACT

[1] Inspecteur général des Finances à France Stratégie

[2] L’objectif ZEN2050 vise à ce que les émissions de CO2 de la France ne soient pas supérieur à la quantité de CO2 captée par les puits de carbone à partir de

 

 

 

Actualités, Bilan carbone, Climat, Réglementation
11 juin 2019 stephanie