TRAJECTOIRE 2° | Toovalu

Seize mois après l’adoption de l’accord de Paris sur le climat, la société civile se demande encore où en sont les états signataires.

L’objectif 2°

Les 195 pays présents à la COP21 s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de stabiliser le réchauffement climatique « nettement en dessous » de 2°C d’ici à 2100 par rapport à la température de l’ère préindustrielle (période de référence 1861-1880).

Pour respecter cet objectif, les émissions cumulées de Gaz à Effet de Serre (GES) dues aux activités humaines, dites « anthropiques », devraient être inférieures à 2 900 milliards de tonnes équivalent CO2 entre l’ère préindustrielle et 2100. Sachant que 1 900 milliards de tonnes auraient été déjà émises en 2011, il faudra limiter les émissions d’ici 2100 à environ 1 000 milliards de tonnes, soit l’équivalent d’environ 20 ans d’émissions mondiales au rythme actuel.
Chaque année qui passe rend le défi plus difficile à relever. Il faut à la fois accélérer la transition et ne pas faire fausse route. Il faut aujourd’hui aller jusqu’à réinventer les modèles économiques des entreprises pour qu’elles soient compatibles avec un monde soutenable.

Par où commencer ?

Pour répondre à ces questions des acteurs du climat se sont mobilisés pour proposer des solutions concrètes qui favorisent la transformation en profondeur des modèles d’affaires vers une économie bas carbone.

 

Le CDP* et l’ADEME lancent l’initiative Assessing low Carbon Transition (ACT) – Trajectoire 2°

L’ADEME et le CDP ont collaboré avec 2 Degrees Investing Initiative (2DII), la Banque Européenne d’Investissement et ClimateCHECK pendant la phase pilote de ACT qui, depuis son lancement lors de la COP21 à Paris, a permis de développer et tester une méthodologie évaluant l’alignement des entreprises vis-à-vis d’une transition bas carbone pour les secteurs de l’électricité, de l’industrie automobile et du commerce de détail.

Après un an d’expérimentation, la phase pilote de l’initiative ACT se termine avec succès. Elle aura permis de développer des méthodologies pour évaluer si les entreprises opèrent leur transition suffisamment rapidement, permettant de maintenir le réchauffement climatique en dessous des +2°C, tout en leur offrant des outils nécessaires pour repenser leurs modèles d’affaires au regard d’une économie décarbonée.

« La définition de plan de transition vers une économie bas carbone ne peut plus être retardée » explique Pedro Faria, Directeur technique du CDP. « Au vu des longs délais nécessaires pour changer de stratégie, et faire des investissements à faible émission de carbone, les entreprises doivent commencer dès maintenant à développer une vision à long terme, couplée avec une trajectoire claire, étape par étape, qui assure qu’elles sont sur la bonne voie vers une économie bas carbone sur 5, 10 et finalement 33 ans.»

Des entreprises comme Carrefour, Décathlon, EDF, Enel, Engie, GM, Renault, SSE, Toyota, font partie des entreprises pilotes qui s’appuient sur ACT pour changer leur modèle d’entreprise et leur stratégie au regard des exigences d’un monde bas carbone.

A terme, l’objectif de cette démarche est de permettre aux entreprises de mettre en place une stratégie climat tournée vers l’action. Le calcul de l’impact carbone n’étant qu’un élément d’une démarche de management globale intégrant le climat.

La démarche ACT permet également de noter la performance carbone des entreprises à partir d’une checklist adaptée à son secteur d’activité. Cette note pourra à terme être utilisée par les investisseurs ou les acheteurs pour s’assurer de l’engagement climat de leur portefeuille et de leurs fournisseurs.

Dès aujourd’hui, l’ADEME et le CDP lancent la phase « ACT 2 : 2017-2020 » qui débutera en France par une expérimentation dédiée aux PME et ETI.

Pour en savoir plus :

Un processus d’assurance qualité a été mené durant la production des méthodes ACT qui a permis de renforcer sa robustesse. Les méthodologies d’ACT sont spécifiques à chaque secteur, car les contributions des différents secteurs aux émissions mondiales diffèrent de l’activité et les différents secteurs devront agir différemment pour contribuer à la transition vers une économie à faible intensité carbone. Les trois secteurs choisis pour le projet pilote représentent une série de défis auxquels les entreprises seront confrontées pendant cette transition. Le cadre méthodologique général développé et appliqué pour ces secteurs au cours du projet pilote sera applicable à d’autres méthodologies sectorielles à l’avenir.

Les enseignements clés du rapport sont notamment :
Pour le secteur de la production d’électricité, ne rien changer au modèle d’affaires
actuel conduirait pratiquement toutes les entreprises pilotes à dépenser en 5 à 15 ans tout leur budget carbone de la période 2015-2050.
Pour le secteur automobile, une décarbonisation d’ici 2050 nécessite que les changements les plus importants aient lieu entre 2025-2035. Pour le moment, la plupart des plans de transition des entreprises se limitent à une vision à 5 ans.
Pour le secteur du commerce de détail, c’est une responsabilité partagée, où les parties
prenantes, au-delà de la simple collaboration, partageront les bénéfices des progrès
réalisés. Contraintes par des systèmes de chaînes d’approvisionnement complexes, les
entreprises du secteur se doivent de s’appuyer sur l’ensemble des parties prenantes
(fournisseurs, clients) pour réduire les émissions suffisamment rapidement. Le
commerce de détail sera un acteur essentiel dans le développement d’une économie
circulaire bas carbone, dans la mesure où le secteur, en ayant un impact sur la chaîne
d’approvisionnement, modifiera à la fois les comportements mais aussi les choix des consommateurs et des fournisseurs.

Les méthodologies sectorielles élaborées par ACT ont fait l’objet d’un solide processus d’assurance qualité et permettent aux investisseurs de déterminer quelles entreprises sont sur la voie d’une transition bas carbone. Elles permettront également aux entreprises d’évaluer leurs propres progrès et d’identifier les actions à entreprendre. Parallèlement ces méthodes permettent d’identifier les entreprises qui doivent être véritablement reconnues au regard de leurs actions de réduction des émissions, alors même que le monde se concentre sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

*Carbon Disclosure Project

Pour en savoir plus :

 

Pour aller plus loin – Interview Jean Jouzel 

Actualités, Bilan carbone, Climat, Compensation carbone, Réglementation
09 mai 2017 stephanie